dimanche, juin 15, 2008

Le voyage de Chihiro

Chihiro est en voiture. Celle-ci avance, droit vers un nouveau départ. Chihiro a, elle, la tête ailleurs, tourné vers le passé, et même, renversée à l’envers sur la banquette. Chihiro a dix ans, et les problèmes qui vont avec. Insouciance, tristesse de quitter les copines.
La voiture s’arrête. Toute la famille traverse un tunnel froid et noir, Chihiro a peur, et se blottit contre sa mère. Elle n’a pas envie de s’arrêter pour aller voir le paysage. Lorsque ses parents se baffrent au restaurant d’une ville fantôme, Chihiro refuse de se joindre à eux. Ce refus la préservera de la transformation qui va toucher ses parents, qui deviennent des cochons.
Commence alors le véritable voyage de Chihiro...
Chihiro voyage physiquement, bien sûr, au sein d’un monde très différent du sien. Mais le véritable voyage est le fameux rite initiatique très commun dans les arts, qui caractérise ces voyages qui « forment la jeunesse ».
Chihiro va alors passer par toutes les étapes qui jalonnent le rite initiatique.
Tout d’abord, la rencontre avec l’aide extérieur. L’aide émanera de nombreuses personnes, mais elle vient en premier lieu de Haku, le dragon apprenti sorcier, qui mènera Chihiro vers Kamaji, le vieil homme araignée préposé à la chaufferie des thermes. Kamaji fourni le plus important à Chihiro dans le monde impitoyable qu’est ce monde dirigé par Yubaba : un travail. En acceptant de la recommander, il lui permet d’obtenir l’acceptation par la population autchotone de sa présence dans les thermes, elle qui « pue l’humain ». Une fois le contrat signé par Yubaba, Chihiro devient Sen, employée des thermes. C’est par la rencontre de toutes ces personnes, toutes ces différences que Chihiro peut commencer son évolution. Grâce à l’aide du Dieu sans visage, Chihiro peut alors aider l’esprit de la rivière. En sauvant celui-ci, Chihiro gagne le respect de ses collègues, et une boule amère qui lui permettra de sauver Haku lorsque celui-ci sera aux prises du maléfice de Zeniba, la dizygote de Yubaba. Tout est fait de réaction en chaîne. Mais ces différents objets (plaquettes de bain, boule amère, etc.) matérialisent l’aide apportée à Chihiro. Grâce à cette aide, Chihiro peut avancer dans sa quête, qui est de sauver ses parents en leur rendant leur apparence humaine et la liberté.

A chaque étape, Chihiro gagne un objet symbolisant un échelon dépassé, et gagne aussi en maturité. Au fur et à mesure, Chihiro, gamine capricieuse, apprend les bonnes manières, le respect des anciens, le refus des valeurs matérialistes (elle refuse l’argent offert par le dieu sans visage). Elle apprend avant tout l’amour, l’amitié, le don de soi. Car ce qui va avant tout la transformer, c’est évidemment l’amour qu’elle découvre avec Haku. Celui ci, mis en danger par sa propre ambition, deviendra le catalyseur de l’évolution de Chihiro. Et c’est lorsqu’elle retrouve le vrai nom de Haku qu’elle les libère tout les deux : lui, qui peut enfin se délier de l’emprise de Yubaba, et elle, arrivée à terme de son voyage, est enfin prête à délivrer ses parents. Au final Chihiro quitte son amour mais il est évident qu’elle le retrouvera.

Film d’une grande poésie et porteur d’espoir, drôle et touchant, Le voyage de Chihiro est plus abouti que Princesse Mononoké, car son personnage principal est porteur de ce qui faisait cruellement défaut au prince Ashitaka : des failles, qui lui permettront d’évoluer, face à un prince déjà bien mature qui restera fidèle à lui-même tout au long du film.

Boulevard de la mort - un film Grindhouse

Le générique se déroule tranquillement sur une image un peu crade (à grain), de pieds sur le tableau de bord d’une voiture. Un insert d’une voiture fonçant à toute allure sur des petites routes de campagnes vient interrompre le voyage de ces pieds, qu’on retrouve marchant sur le sol de l’appart d’une femme, Jungle Julia. Le coup d’envoi est lancé : le film parlera de femmes, et accessoirement d’une voiture, une voiture folle.

A la base associé en binôme avec Planète Terreur, le film de Tarantino n’a de réels liens avec lui que sur la volonté de faire un hommage aux films des années 70’s, et quelques passerelles (emprunts d’acteurs de l’autre film). Loin d’être un film d’horreur, Boulevard de la mort est plutôt un film d’ambiances. Ambiance girly, hommage au ciné, etc.

Mike la cascade est donc un malade dont le seul plaisir et d’épier des femmes avant de les dégommer d’un coup de caisse. Aucun motif à cela, juste le plaisir que cela lui procure… Ce qui le rapproche du réalisateur. Car Tarantino fait ce film pour se faire plaisir avant tout. Film mineur dans sa filmo, sans aucun doute, mais néanmoins clairement empreint de la patte du réalisateur, filant ses obsessions (la femme, les pieds, le cinéma !).

La structure du film est déroutante : obligé de rallonger son film pour pouvoir l’exploiter seul et non avec celui de Rodriguez comme prévu initialement, Tarantino passe, à la moitié du film, à une seconde partie. Il fait alors rentrer sur scène quatre autre jeunes femmes, mettant ainsi le spectateur à l’épreuve de s’adapter à ces nouveaux personnages (ce que fait Lynch constamment, en fait, mais avec les mêmes femmes d’une partie à l’autre). Les deux parties nous montrent donc des femmes discutant entre elle, de mecs, essentiellement. Boulevard de la mort est un film bavard : dans la première partie, nous suivons une bande de copines en soirée et leurs histoires à l’eau de rose. Dans la seconde partie, nous suivons Zoé Bell, compagne du réalisateur et cascadeuse de profession, dans sa virée avec ses copines sur une caisse de collection. (Oui, bon, je n’ai jamais dis que Tarantino avait rédigé le scénar de sa carrière !). Autant la première partie peut mettre mal à l’aise (surtout par son final sanglant), autant la seconde est jouissive : les amies, soudées, se comportent comme des gamines qui placent le fun avant tout. Et ça marche : on en redemande ! Alors, on embarque avec elles en voiture (ou sur la voiture avec Zoë, comme vous voulez) pour une course poursuite digne d’un grand film d’action. Et on apprécie de les voir éclater Stuntman Mike, qui s’avère être un gamin pleurnichard flippé, contrairement aux airs de durs qu’il se donnait dans la première partie. On reconnaitra donc que l’atout majeur du film est le jeu des actrices (et de l’acteur !) choisies avec gout par Tarantino. Les personnages sont attachants et drôles, comme toujours chez Tarantino qui est clairement doué pour l’humour.
Pour finir, le film peut sembler un peu bancal par moment mais jongle quand même de façon intéressante entre les genres. Sans aucun doute, Boulevard de la mort est un bon divertissement. Et il est mille fois supérieur à son jumeau signé Rodriguez.

mardi, septembre 11, 2007

Planete terreur - Un film Grindhouse

Le scénario, irracontable, tient sur un ticket de métro : en gros, des méchants zombies attaquent un petit village perdu au fin fond des Etats-Unis. Qu’importe, puisque le scénario n’est qu’une excuse dont se sert Rodriguez pour son film-hommage aux séries Z. Mission accompli: il ne fait aucun doute sur l’appartenance du film au genre fétiche du réalisateur.
Mais Rodriguez, en voulant suivre la voie du « too much » de mise dans les séries Z, s’est égaré. L’effet s’use de lui même, et use le spectateur. A force de second degré, l’agacement remplace le rire, face à un objet qui ressemble à regardez-moi-je-fais-second-degré, je-suis-un-petit-malin.
De même, la recherche esthétique du film énerve. L’ensemble du parti pris esthétique, jouant sur une fausse usure de la pellicule (rayures, couleurs passées à cause de la maladie du vinaigre,etc.) aurait pu être interessant… s’il avait été utilisé avec parcimonie. Dans des situations bien spécifiques, tout comme il l’a fait de façon ingénieuse et comique en prétextant la disparition d’une bobine pour couper une scène X, l'effet aurait très bien fonctionné. Mais là encore, la présence sur toute la longueur du film d'images rayées et de bande-son crépitante fini par user le spectateur, et perdre de sa cohérence esthétique.
Tout cela est dommage, car une meilleure gestion de ces effets auraient pu donner un meilleur résultat. D’autant plus qu’il y a malgré tout quelques bons passages, notamment l’excellente fausse bande-d’annonce au début du film (Machete) et tout le délire sur les talents inutiles.
Au final, l’impression persistante est d’assister à un film que le réalisateur aurait fait pour lui, et non pas un film destiné à la projection. Un mixte entre un film-labo (sur l’aspect jeu de la pellicule) et un délire entre potes. Alors, plus qu’un hommage aux séries Z, le film devient un divertissement pur un peu cradingue.

Le secret de Brokeback Moutain

Ennis Del Mar et Jack Twist se rencontrent en 1967. Tout deux travaillent au noir pour un éleveurs de moutons, dont ils surveillent le troupeau en montagne pendant l’été. C’est le début d’une histoire d’amour qui s’étalera sur plus de vingt ans…

Brokeback Mountain est le récit de deux vies gâchées d’être passées à côté de l’amour. La force du film ne réside pas dans la beauté des paysages (par ailleurs magnifiques) mais dans le traitement de l’amour qui unit Ennis et Jack.
Ennis avait 8/9 ans quand son père l’a mené fierement voir dans un champ proche la dépouille mutilée d’un voisin éleveur homosexuel qui s'est fait assassiné. Cette image l’a marqué à vie. Elle cristalise l’univers homophobe dans lequel Ennis et Jack évoluent. Jack, dont le dialogue avec ses parents est possible, est prêt à la braver. Ennis, lui, n’arrivera jamais à dépasser cette image, et n’arrivera qu’à briser son mariage et sa vie.
Car Brokeback Mountain est affaire de réflexion sur l’image sous toutes ses formes. Image de soi, bien sûr, Ennis ne voulant pas paraître une tafiole efféminée, en témoigne son besoin de cogner des hommes saouls pour affirmer sa virilité auprès de sa femme.
Image des autres, bien sûr. Tout est affaire de regard, et Ennis ne supporte ni son propre regard sur lui, ni celui qu’aurait la société s’il devait vivre son amour avec Jack au grand jour. Encore une fois, c’est par la violence qu’il réagit lorsque la seule personne au courant de cette liaison, son ex femme, lui en parle. A ce moment, violence et déni sont les seules armes dont dispose Ennis, incapable d’avouer aux autres et encore moins à lui même que c’est vraiment de l’amour qui l’unit à Jack.
Sans l’image imposée par son père pendant son enfance, peut-être qu'Ennis aurait pu vivre son histoire. Mais les images qui nous construisent sont parfois trop fortement ancrées. Celles qu’à reçu Jack étaient plus positive, puisqu’il lui a été possible de faire part à ses parents de son envie d’emmenager avec Ennis.
Ce qui importe n’est pas tant le fait que l’histoire concerne deux hommes, mais le fait qu’ils n’aient pas pu vivre leur histoire à cause de regards imposés. Brokeback Mountain pose donc intelligemment au spectateur la question des images qu’il reçoit et qui le construisent, qui l'ont construit, mais aussi des images qu’il transmet…
Au final, il émane de ce film une grande tristesse, car le spectateur ressent l'impression de gâchis. Mais il émane aussi une grande beauté, et un calme fou de cette oeuvre sublime d'Ang Lee, qui a amplement mérité le succès critique et public qu'il a rencontré.

vendredi, septembre 07, 2007

Mes voisins les Yamada

Après le succès des films de Miyazaki, les distributeurs français ont décidés de resortir tous les films des studios Ghibli, ce qui, on ne l'oubliera pas, apporte un plaisir inégal aux spectateurs.
Cette fois-ci, cela nous a donné la possibilité de découvrir une oeuvre du réalisateur aux milles facettes, Isao Takahata. Après la chronique hyper réaliste de deux orphelins pendant la guerre au Japon (Le tombeau des Lucioles), et le récit écologique de la guerre des tanukis contre l'implantation de nouveaux logements humains (Pompoko), Takahata nous livre un portrait drôle et touchant d'une famille Japonaise actuelle, entre respect des traditions et modernité.
Takahata a choisi de réaliser un film fait de petites nouvelles, dont les transitions sont permises par des haïkus, sorte de petits poèmes très connus au Japon. Cette famille moderne comporte cinq membres, le père Takashi, la mère Matsuko, le fils Naboru et la fille Nonoko, ainsi que leurs grand-mère maternelle, Shige, tous plus barrés les uns que les autres.
Le film dépeint leurs vies, faites d'entraide, mais aussi de petits stratagèmes pour éviter de faire la vaiselle, de sortir les poubelles, de petites disputes pour la télécommande, bref, de toutes ces anecdoctes qui font supporter le quotidien. Le dessin, "minimaliste", est magnifique. Idéales pour illustrer ces petites chroniques, ces aquarelles animées par ordinateurs se mélangent à merveille avec les haïkus, poèmes parfois drôles, parfois mélancoliques. Takahata nous prouve donc qu'il peut être plus optimiste que d'habitude, tout en conservant la poésie de ses oeuvres précédentes.
Tout comme le résume Naboru, "si cette famille s'entend si bien c'est parce que tout ses membres sont plus fous les uns que les autres". Donc si vous vous sentez vous même un peu fou, lancez vous dans ces petites histoires... Rires garantis.

jeudi, mai 10, 2007

De l'adaptation et du polar

En janvier sortait l’adaptation d’un des meilleurs livres de Fred Vargas, Pars vite et reviens tard. Celui-ci permet de relancer un nième débat sur l’adaptation littéraire au cinéma, mais aussi la question du polar français.
En trois mots, l’histoire se place dans la série dite « des Adamsberg », puisque les enquêtes sont menées par Jean Baptiste Adamsberg, policier rêveur et intuitif, secondé par Danglard, aussi rationnel que son supérieur est flottant, porté sur la bouteille autant que par l’amour qu’il porte aux cinq enfants dont il s’occupe. Cette fois ci, c’est à un tueur maniant la peste comme d’autre l’arme banche qu’ils s’attaquent. Voilà plus ou moins l’histoire du roman – et du film. Hélas, trois fois hélas, en s’attaquant à un des polars les plus vendus dernièrement, Régis Wargnier a certainement craint qu’on l’accuse de ne pas être auteur, et a décidé en conséquence de modifier tout cela. Attention ! Je ne dis pas qu’il est interdit de faire des modifications lorsqu’on adapte un roman, au contraire, elles sont bien souvent nécessaires. Mais, et cela sera dit une bonne fois pour toutes, je ne pense pas que cela soit une nécessité qui permette de prétendre au titre de réalisateur/auteur. Tout le problème de l’adaptation c’est que ces modifications se doivent d’être justifiées. Cela ne sert à rien de bouleverser gratuitement le roman sous prétexte de se l’approprier. Ainsi, ce n’est pas tant le déplacement de l’intrigue (encore que…) de la place Edgar Quinet à Beaubourg, définitivement plus hype et bobo, que réside la trahison de Wargnier au roman de Fred Vargas. Celle-ci se trouve dans le véritable contresens qu’il a fait quant à la personnalité d’Adamsberg : rêveur, intuitif, bordélique, Wargnier en a fait un colérique sans charisme dont l’histoire avec Camille et aussi inconsistante que la comédienne qui l’incarne. Pour incarner Adamsberg, Wargnier a choisi le très bankable José Garcia, absolument inconsistant et à des lieux de Jean Baptiste Adamsberg, sans réaliser qu’au sein même de son casting se trouvait un comédien idéal pour l’incarner : Lucas Belvaux, qui, physiquement, rejoint la description de Vargas – séparément, les pièces de son visage sont bordéliques, mais associées, elles en font un homme beau et attirant.
Alors le film sombre dans le grotesque, les personnages sont tous insignifiants et vides, alors que l’intérêt du roman ne réside pas tant dans l’intrigue policière que dans l’histoire de tous ces personnages satellites qui gravitent autour de la place et autour d’Adamsberg.
Bien sur, le cinéma n’offre pas forcement le même format que la littérature, et la coupe est une nécessité – oui, mais pas au dépend de l’essence même du roman. D’autant plus qu’on pourrait s’interroger sur les motivations de Wargnier adapter ce roman là de Vargas, puisque même l’intrigue principale est modifiée, violée et mise à nue de son essence, de son intérêt et sa force. Ainsi, Wargnier bouleverse les raisons qui motivent le meurtrier, modifications qui ne sont justifiables par aucune explication valable (difficulté de mise en scène, explications longues et complexes…). Encore une fois, pourquoi pas ? Soyons ouverts. Mais le personnage meurtrier détestant son père, responsable de tant de maux (viol de sa compagne, prison) devient un tueur vengeur des salauds qui ont tué son papounet en Afrique pour une histoire de sous : encore une fois, Wargnier prend le strict opposé de l’histoire raconté par Vargas : quel intérêt, alors, d’adapter précisément ce roman ?
Rajoutons à cela un vrai problème de mise en scène, banale qui se veut originale, bourrée d’effets visuels gratuits (ralentis lourds et vides de sens, surimpressions,…) ainsi qu’un mauvais mixage son (son sous modulé par rapport à la musique qui rend le dialogue dur à suivre) et on obtient à la fois une mauvaise adaptation et un mauvais film.
La forme, c’est l’autre élément (en plus du genre, le polar), qui permet de réunir Pars vite et reviens tard et le récent contre enquête. En effet, le problème du film n’est pas tant le changement de registre de Dujardin (c’est l’essence même du comédien d’être polyvalent, et il s’en sort pas trop mal) mais réside plutôt dans la forme : contre enquête a un vrai air d’un mauvais téléfilm de FR2, et, de fait, pas grand-chose du film. Il ne s’en dégage pas grand-chose, et les seconds rôles sont inconsistants et caricaturaux (Laurent Lucas en tête). La voix off n’apporte rien, elle alourdi plus le scénario qu’autre chose en voulant le clarifier (à en devenir grossier). Le cinéma français serait-il donc mauvais en polar ? Cela semblerait, au vue de ces exemples, une assertion plutot juste. Et pourtant, non, une lueur d’espoir se dégage, autant sur ce point que sur celui de l’adaptation : Ne le dis à personne, de Guillaume Canet.
Malgré quelques maladresses propres aux premiers films tout à fait pardonnables, le film de Canet dégage une atmosphère tendue de malaise très réussie. Cette fois ci, pas de grands dérapages devant la préfecture de police qui nous donne l’impression d’être un épisode de P.J, mais juste la traque d’un homme innocent – qui place le film dans la tradition d’un Hitchcock, avec, comme point commun central, le fait que l’essentiel ne réside pas dans l’intrigue policière mais dans l’histoire du personnage – ici, l’amour. Car Ne le dis à personne est avant tout une histoire d’amour.
Tous les personnages secondaires ont un réel rôle à jouer, une véritable épaisseur : leur histoire personnelle, même si elle n’est pas forcement racontée, est facilement imaginable. Cela est rendu possible par le fait qu’ils sont tous véritablement construits, et que leur présence n’est pas juste un motif pour faire jouer les amis acteurs de Canet. Au passage, on lui saura gré d’avoir constitué un joli couple lesbien entre la magnifique Kristin Scott Thomas et Marina Hands sans en avoir fait des tonnes. Ce couple est un couple, c’est une évidence, et Canet n’insiste pas sur la particularité de ses membres. Son traitement scénaristique et cinématographique est le même que pour un couple plus consensuel. Merci donc à Guillame Canet, car décidément, le cinéma manque cruellement de personnages comme cela.
Mais revenons à notre problématique de l’adaptation. Le travail que Canet a fourni est énorme, puisqu’il a transposé – avec talent, vous l’aurez compris- en France, une intrigue qui se joue aux Etats-Unis dans un système policier fédéral très particulier. De même, il n’a pas hésité à modifier un élément important du livre – le personnage est au courant de l’histoire incriminant sa femme, puisqu’il y a assisté – pour faire de son personnage un véritable Roger Thornhill qui ne comprend pas ce qui lui arrive – ce qui renforce d’autant plus le personnage, qui découvre avec le spectateur les divers rebondissements de cette affaire. Canet se place donc dans la lignée des grands Hitchcock, où un personnage innocent se trouve poursuivi par les autorités, instaurant un suspense intense et une véritable connivence avec le spectateur, qui ressent les émotions du personnage et mène son enquête avec lui, étape par étape.
Ainsi, Guillaume Canet prouve avec un seul film que le problème n’est ni l’adaptation en soi, ni le polar sauce française, mais plutôt les règles imposées (auto-imposées, semblerait-il, puisque Canet a pu réaliser son film sans barrières), à cette pratique d’adaptation et au genre.

mercredi, mars 28, 2007

La vie des autres et consorts, où l'aboutissement d'une réflexion qui trainait...

Qu'il fut long, mon chemin de réflexion! Véritable chemin de croix, ma réflexion sur l'engagement politique au cinéma a été amorcée depuis déjà plus d'un an. Avec la profusion des films, depuis janvier 2006, sur les questions africaines (Lord of War, Blood Diamond, The Constant gardener, Shooting dogs et j'en passe) ainsi que d'autres questions comme celles qu'abordait Good Night and Good Luck, ou même Indigènes, qui, de tous, aura évidemment eu le plus de répercussions sur la réalité.
Depuis plus d'un an donc, j'hésite, je ne sais pas me fixer sur si oui ou non, un film peut/doit être politique. Evidemment, ces films m'ont touchée, mais, encore plus que de me demander s'ils ne sont pas vains, je m'interrogeais sur leur appartenance à l'Art. Il y a 6 mois, je déclarai l'impossibilité d'analyser Indigènes comme une œuvre d'art tant il était gorgé de politique.
Il m'aura donc fallu voir (voire, revoir) Good Night and Good Luck, Lord of War et découvrir La vie des autres en moins d'un mois pour que mon cheminement trouve enfin un aboutissement. "Bien sur, m'a soufflé ce film, bien sur que l'art se doit de flirter avec la politique et l'Histoire"! Si Georg Dreyman se met à écrire des articles engagés, c'est que le politique, le public a envahit l'intime. A cause de ses prises de positions, un ami metteur en scène perd sa vie, étouffé d'avoir perdu ses moyens d'expressions.
Q'importe si le déclic est de l'ordre de l'intime. C'est presque un devoir que de témoigner: d'un massacre, d'une dictature, d'une chasse aux sorcières. On en revient toujours à ce fameux devoir de mémoire. Pourquoi? Parce qu'il faut rappeler à l'homme les erreurs passées. Je ne crois pas pour autant qu'un film sera responsable de la fin des horreurs en Afrique, mais il est nécessaire d'en sortir un maximum: peut être se dégagera alors une prise de conscience. Ou non. Qu'importe! L'art se doit d'être politique, ne serait ce que pour essayer.Mais attention... quitte à contredire Alain Bergala, qui déplore l'attitude défensive qu'on nous apprend à avoir vis à vis des images, la politique dans l'art se doit d'être considérée avec précautions. Non pas qu'il faille se défendre d'un film. Bien sûr, un film est toujours le point de vue de quelqu'un sur quelque chose, oui, mais le regard de Ozon sur son Angel aura certainement moins de répercussions qu'un film qui rappelle les mauvais traitements subits par les soldats issus des colonies pendant la guerre - quitte à faire quelques raccourcis... Oh bien sur, un film peut être un choc (tous ceux qui ont choisi la voie du cinéma l'ont fait grâce à/à cause d'une rencontre troublante avec un film qui résiste, un film qui interpelle). Un film peut avoir des répercussions sur notre vie personnelle (vocation, engagement, miroir sur notre personnalité...). Mais celles provoquées par un film engagé sont d'un autre ordre. Or, un film engagé fait souvent des petits arrangements avec l'Histoire afin de bien faire passer son propos (oh, même un petit rien comme une façon de filmer, mettons, "le méchant", l'identifiant directement comme tel...). Oui, je crois qu'il ne faut pas oublier que tous les films sont le point de vue de quelqu'un sur le sujet. Ainsi donc, l'engagement n'enlève pas, contrairement à une idée que j'ai pu caresser, son statut d'oeuvre d'art à un film, qui a "le droit" d'être analysé formellement, comme tout autre. Mais, peut être encore plus que pour un film de "fiction classique", il ne faut pas oublier cette subjectivité. Celle ci est la base de l'Art, et on ne doit pas l'oublier. Cela ne fait pas du film qui fait une entorse à l'Histoire un mauvais objet. Seulement, une certaine distance est nécessaire. Lorsque Sofia Coppola insérait dans un plan de sa Marie Antoinette une paire de Converse, elle rappelait à tous que cette version était son regard sur l'Histoire, donc forcement subjectif, partiel et partial, donc inexact. Il ne fallait donc pas prendre le film pour argent comptant, car, par la suite, les inexactitudes historiques ont défilé.C'est donc peut être là qu'il est important d'enseigner un certain regard sur les images aux générations futures: non pas un regard de méfiance, mais un certain recul. Un film, aussi bon soit-il, ne pourra jamais nous éclairer sur l'ensemble d'une crise, d'une guerre, d'une vie. Ce qu'il faut donc apprendre, c'est à aller spontanément faire des recherches pour compléter ce point de vue.

lundi, février 26, 2007

Les ambitieux

Julien vit dans une petite ville de province où il tient une librairie. Grâce à un ami, fils d'éditeur, il obtient un rdv avec Judith Sahn, afin de voir s'il peut faire publier le roman qui traîne dans ses tiroirs. Mais le jour où il monte à Paris, Judith a appris une nouvelle troublante, et rejette l'apprenti auteur sans lire son livre - mais l'accueuille finalement dans son lit. Après l'amour, Julien, trop curieux, fouille les affaires de Judith et y découvre la possibilité d'un roman: le père de Judith était en effet un révolutionnaire très célébre, et lui a légué ses carnets de voyage. Il s'installe à Paris et se met à écrire son roman. Mais comment Judith va t'elle recevoir la nouvelle une fois le livre achevé?
Comédie légère, Les ambitieux possédait tout de même l'aspect interessant de la critique du milieu littéraire (et qui pourrait tout autant être le cinéma). Il y a, d'ailleurs, dans ce sens, quelques scènes très réussies, notamment la scène où Judith conseille Julien sur comment écrire un roman, alors qu'elle n'a pas lu le sien. Mais globalement, le film donne une sensation de ratage. La plus grosse faille du film, c'est que le personnage masculin n'est pas attachant. Pourtant, tout est fait pour le mettre en valeur, au détriment de la méchante et impitoyable Judith Sahn, qui se fait ridiculiser tout le long du film. Mais cela ne fonctionne pas: ce que fait Julien est tellement abjecte qu'il en est impardonnable - et donc, pas attachant. Car le problème du film réside dans l'écriture du scénario, qui installe une psychologie des personnages absolument clichée: d'une part, on a l'homme trop gentil, qui se fait marcher sur les pieds, mais plein de bonnes intentions (il dit d'ailleurs à Judith qu'il a écrit ce roman "pour elle"). D'autre part, on a la méchante femme qui réussi, mais qui, dans le fond, est paumée, et qui ne cherche qu'à se faire sauver. Or, cette ravissante idiote ne comprend pas que s'il vole ses documentaires, c'est en fait "pour son bien". Donc étrangement, bien que le scénario soit écrit par Catherine Corsini (donc, une femme), il suit le modèle issu de notre société phallocentrique du "prince sur son cheval blanc qui vient sauver la pauvre femme en détresse". L'happy end vient confirmer cette morale à deux balles par le repentir de Judith qui vient clamer son amour à Julien, en s'excusant de s'être sentie trahie après le vol de ce qui est de sa propriété (les documents) et son histoire personnelle. On ne comprend pas, et l'impression que Corsini s'est fourvoyé sur ses personnages est tenace, d'autant plus que Karin Viard s'en sort vraiment bien. Au final, elle est la bouffée d'air du film, véritable héroine d'un film qui est passé à côté de son personnage.

The Fountain

Espagne, 16ème siècle: Le conquistador Tomas part en quête de la légendaire Fontaine de jouvence, sencée offrir l'immortalité. Aujourd'hui: le scientifique Tommy Creo cherche desespérement le traitement capable de guérir le cancer qui ronge son épouse, Izzi. Au 26ème siècle: Tom, un astronaute, voyage à travers l'espace et prend peu à peu conscience des mystèmes qui le hantent depuis un millénaire. The Foutain raconte le combat à travers les âges d'un homme pour sauver la femme qu'il aime. Voila ce qu'annonçait l'aléchant dossier de presse du dernier film de Darren Aronofsky, 7 ans après Requiem for a dream. Après tout le mal qu'a eu Aronofsky pour produire et réaliser son film, l'horizon d'attente était énorme. La déception n'en était que plus grande. Enfin, je parle à titre personnel, puisque les critiques, enthousiastes, n'ont pas manqué de crier au génie, décrivant un film ayant une réflexion rare et profonde sur la vie, la mort et tout ça. Je n'ai pas du voir le même film: oui, c'est une jolie histoire d'amour qui se suit sur des siècles jusqu'à ce qu'enfin Tomas/Tom/Tommy comprenne que c'est un peu vain, mais honnetement, rien qui puisse permettre de dire qu'on est chamboullé dans nos sentiments. Certes, le film est "joli" esthétiquement, mais je crois que la maîtrise technique nuit réelement à un impact émotionnel. Trop d'effets spéciaux tuent les effets spéciaux, c'est bien connu, et la partie se déroulant dans le futur est pour moi longue et vide de tout, bref, ennuyeuse. La partie 16ème siècle est clichée, reste la partie actuelle, qui elle, est interessante et bien jouée. Oui, mais malheureusement pas assez développée, compte tenu du fait qu'elle soit la seule interessante. Hugh Jackman offre une interprétation toute une justesse, ce qui est d'autant plus une prouesse que le film sonne deséspérement faux et creux. Rachel Weisz, quant à elle, n'a malheureusement pas grand chose de plus à offrir que son joli visage.


Le film est d'autant plus décevant qu'il est attendu depuis longtemps. L'effet que le film me fait pourait se résumer par: tout ça pour ça. Sachant que Requiem for a dream ne m'avait pas particulierement éblouie, j'attends donc un 4ème film de Darren Aronofsky pour crier au génie...

vendredi, novembre 17, 2006

Rattrapage: Scoop et Le prestige

Sondra Pransky, étudiante américaine en journalisme, séjourne à Londres chez une amie. Lors d'un spectacle du prestigitateur Sid Waterman, le spectre d'un journaliste vedette décédé trois jours auparavant lui apparait. Il la met sur la piste du fameux tueur au tarot, et désigne le beau, jeune et riche Peter Lyman, comme auteur de ces crimes monstreux. Pransky décide d'enquêter, embarquant avec elle le réticent, l'excentrique Sidney.
Voila, il est là, comme chaque année, le dernier Allen. Après le brillant Match Point, Allen remet le couvert dans les mêmes conditions: Londres au lieu de New York, l'opéra remplaçant l'habituel jazz. Ou presque, puisque, contrairement à Match Point, Allen repasse devant la caméra pour endosser le rôle sur mesure de Sidney. Pour notre plus grand plaisir? Pour une fois, oui.
Je n'ai pas connu "l'age d'or" de Woody Allen, seulement ses films des 10 dernières années. Et je suis loin d'etre une fan de ce qu'il fait, son éternel rôle du juif farceur begayant me fatiguant plus qu'autre chose. Pourtant, avec Match Point, j'ai découvert une nouvelle facette d'Allen, celle ci me plaisant bien plus. J'avais, je l'avoue, quelques appréhensions à le revoir interpreter un rôle dans son film. Pourtant, il faut le dire, Scoop est plus que très réussi. Allen n'invente rien de neuf, il reprend sa classique comédie policière. Mais il arrive à rendre son film frais, et ce, grâce, d'une part, à un scénario simple mais très bien ficelé, mais aussi (et surtout!), par une très belle distribution. Car la réussite du film, c'est bien évidement Scarlett Johansson. Son personnage d'américaine tue l'amour maladroite est extraordinaire, et Allen la filme merveilleusement bien: pour une fois, il a l'intelligence de ne pas en faire une femme fatale, ce qui est une vraie réussite. Car alors, son personnage, plus accessible, permet l'identification, et notre sympathie lui est alors acquise. Il ajoute à ça des répliques très bien écrites, et la partie de ping pong de vannes en tout genre entre elle et Sid est jouissive. Oui, jouissive, car cela faisait bien longtemps qu'on avait pas rit autant, aussi franchement, remplacant l'eternel rire-qui-soupire. Un scénario prévisible? qu'importe, Allen assume et joue à fond de ses loufoqueries. Le seul reproche que l'on pourrait faire au film, c'est que le couple Allen-Johansson ne laisse pas la place à Hugh Jackman, qui reste alors cantonné à son rôle plat de beau gosse dragueur.
Qu'importe! car novembre est le mois de Jackman. Frustré de son rôle dans Scoop? Vous pouvez alors le retrouver dans Le prestige, le dernier film de Christopher Nolan, auteur de Memento et de Batman Begins. Celui ci raconte la compétition opposant, dans le Londres du 19ème siècle, deux génies de la magie, Robert Angier et Alfred Borden. Tout d'abord jouant dans la même équipe, la mort de la femme de Angier dans des circonstances dramatiques va les séparer définitivement. Alors commencera une longue compétition qui vise, un, à détruire l'autre, deux, à être le meilleur dans le domaine de la magie.
Le prestige est un film suprenant. Sous des dehors de film de "divertissement", se cache un film porteur d'une réflexion profonde sur la prestidigitation, et donc, par extention, sur le cinéma. Car qu'est ce que le cinéma, à part l'art par excellence de la magie, des petits "trucs" qui nous font croire à quelque chose qui n'est qu'illusion? Cette dimension réflexive est la preuve qu'un film à "gros budget", peut être porteur d'une réflexion (tout comme Batman Begins s'interrogeait sur la peur). Elle apparaît comme un plus, mais le scénario et la mise en scène suffiraient emplement à crier au génie. Car le film de Nolan est envoutant. Le scénario est extrement bien ficellé, et embarque littéralement le spectateur dans l'enquête policière du film. Comme pour Memento, Nolan a recourt à une construction non linéaire de l'histoire; mais ce choix n'est pas gratuit, et la forme vient au service du fond: une chronologie chamboulée? elle n'est là que pour renforcer le trouble des personnages, qui ne savent même plus comment ils en sont arrivés à un tel gachis de leurs vies et de celles de leurs entourages. Car la compétition entre Angier et Borden vire à l'obsession et à la destruction. Cette relation, extremement forte, et rendue crédible à l'écran grâce au talent des deux acteurs principaux, Hugh Jackman et Christian Bale (qui retrouve ici Nolan, après Batman Begins), qui interprêtent avec force et passion leurs personnages respectifs. En voulant être fort à tout prix, ils auraient pu devenir des gros cons antipathiques, mais grâce aux acteurs, ils deviennent vulnérables et touchants. Servi par de bons acteurs et un bon scénario, Nolan signe un film extrement beau, tant sur la forme (plans léchés qui viennent renforcer une atmosphère forte) que sur le fond, et emmène habillement le spectateur jusqu'au dénouement final, qui nous émerveille, tel un tour de magie bien réussi.

samedi, novembre 04, 2006

Indigènes

Toujours à l'heure dans les débats, mon retour sur ce blog sera marqué par quelques lignes sur Indigènes, de Rachid Bouchareb - mais il est inutile de présenter le films, puisque qu'il faudrait vraiment vivre dans une grotte pour avoir raté le battage médiatique qu'il y a eu sur le film. Comment ne pas partir avec un a priori positif sur ce film, au vu de son sujet? Oui, réhabiliter les soldats des anciennes colonies françaises, c'est important. Si on n'était pas encore assez touché, les nombreuses interviews des acteurs rappellant que ces soldats étaient "de la chair à paté" nous prépare à avoir honte de la France.
Ne vous méprenez pas: Indigènes m'a touchée. C'est un beau film (mais curieusement, je ne trouve pas le titre d'un seul film de guerre qui n'ait pas une belle photographie). Oui, Bouchareb a su bien filmer ses acteurs, ses paysages. Il a su créer des personnages attachants, assez développés pour ne pas être caricaturaux. Les acteurs sont bons (Sami Bouajila et Roschdy Zem en tête), Samy Naceri étant un peu moins bons que les autres (mais sans aucun doute, le fait qu'il ne parle pas arabe a du réduire l'importance de son personnage dans le film, ce qui forcement joue sur l'interprétation globale).
Non, ce qui me gène finalement, c'est l'essence même du film. Bouchareb ne s'en cache pas, il a fait ce film pour qu'enfin les anciens tirailleurs aient droit à la même pension que les français - ce qu'il a obtenu sans plus tarder du président à la sortie du film. Le cinéma est politique depuis (presque) sa naissance, ce n'est pas le problème (cela dit, je n'ai toujours pas résolu la question de: "est ce une bonne chose?"). Non, mais le problème, c'est la forme: pour atteindre son but, Bouchareb en rajoute des tonnes: il s'agira donc d'insister sur les dures conditions de vies des tirailleurs, et, toujours insister sur le fait que "pour les français de France c'est 30 fois mieux". C'est faire répeter 15 fois dans le film "plus tard on nous respectera". On s'attendrait presque à entendre "en novembre 2005 on devra cramer des bagnoles" pour insister sur le côté actuel du problème. Je ne suis pas en train de nier la réalité, attention. Je ne juge pas le fond - tout à fait légitime, mais la forme (le débat ne date pas d'hier, cf l'article de Jacques Rivette sur Kapo (à lire ici)). Dans sa séquence finale, Bouchareb insiste une dernière fois sur les inégalités, une scène qui me fait un peu penser à la séquence finale de La liste de Schindler de Spielberg: dans les deux films, ces séquences sont là pour faire pleurer (pour les grands insensibles qui n'ont toujours pas les yeux mouillés), et cette scène là, pourtant si chère à Bouchareb, me gène un peu. Indigènes est un beau film (et j'apprécie beaucoup qu'il soit aux 3/4 en arabe), mais reste un film fait pour atteindre un but, et pour moi, il ne peut pas vu que par le prisme de l'art. En fait, c'est un peu comme les films de Michael Moore: il faut savoir prendre du recul par rapport aux informations données, car les films qui aspirent à marquer politiquement ne peuvent empecher des partis pris forts et des raccourcis pour marquer le public.

lundi, septembre 18, 2006

Brick

Lycéen intelligent et asocial, Brendan reçoit un jour un appel de son ex petite amie lui demandant de lui venir en aide, tout lui expliquant en quelques mots incompréhensibles quel est le problème. 2 jours plus tard, Brendan retrouve Emily morte. Il se met donc en quête de la vérité, vérité qui le menera dans la haute société et dans la mafia trafiquante de drogue, l'une et l'autre n'étant pas du tout incompatible, au contraire...
Partant d'un postulat simple, le réalisateur et scénariste Rian Johnson nous embarque dans un scénario bien compliqué qui renforce, si cela était encore nécessaire, l'appartenance de Brick au film noir. Sauf que l'intrigue de Brick se situe au lycée, et cela est loin d'être anodin: aux problèmes classiques de mafia s'ajoute les tromperies et les rancoeurs propres à l'adolescence et à la cours de récré. Que The Pin, le patron de la mafia, vit encore chez sa mère. Qu'une lycéenne théatreuse débaucheuse de gamins et appartenant à la mafia se met à fondre en larmes pour essayer de se tirer d'une mauvaise situation. Et c'est justement ça qui donne tout son charme à Brick: il est incontestablement un film noir, en décline avec talent tout les codes, fidèle au genre, mais y ajoute un humour et un second degré qui raffraichissent pour notre plus grand plaisir un genre parfois poussièreux. Johnson use du comique de répétition et du comique de situation jusqu'à la corde.
Bien sûr, Brick est loin d'être un film parfait. Il apparait évident dès les premières images qu'il est le premier long métrage de son réalisateur, avec ce que cela implique: être un exercice de style, fidèle au genre, tout en essayant de se démarquer par un parti pris esthétique parfois inutile. Ainsi, Johnson tente un certain nombre de plans "expérimentaux", cadre incliné et tout le tintouin, un peu inutile car cela apporte finalement peu de choses au film qui n'a pas besoin de cela pour exister. Le scénario est un peu compliqué et si parfois Johnson s'arrête longuement pour expliquer un point de l'histoire, c'est pour passer rapidement sur un autre qui aurait eu besoin d'explications supplémentaires.
Qu'importe... comme je le disais, Brick est loin d'être un film parfait, mais il a indéniablement de nombreuses qualités. Sa principale est certainement la performance de Joseph Gordon-Levitt, (découvert dans le magnifique Mysterious Skin de Gregg Araki). Gordon Levitt s'y montre plus que crédible, apportant un peu d'épaisseur à un teenage, très appréciable quand on voit le sort réservé aux ado dans le cinéma américain, creux, insignifiants et toujours clichés. Brick est donc un très bon premier film, et Johnson un réalisateur prometteur d'un cinéma américain qui sait parfois se renouveler avec talent.

lundi, septembre 11, 2006

Nausicaa de la vallée du vent

Depuis le succès du Voyage de Chihiro, les distributeurs français ont compris que Miyazaki, c'était bien. Du coup, ils resortent des tiroirs (pour notre plus grand plaisir!) les anciens films de Miyazaki et ceux des studios Ghibli, et les éditent en dvds ou, plus rarement, les sortent sur grand écran, comme Le chateau dans le ciel il y a quelques années et Nausicaa de la vallée du vent ce mois ci. Etant une grande admiratrice des films de Miyazaki, je ne pouvais que me réjouir de pouvoir enfin voir le premier film de ce grand réalisateur. Pourtant, à la sortie de la salle, j'étais vraiment déçue...
Il faut savoir qu'à la base de Nausicaa, il y a un manga de 7 tomes (parus chez Glénat) que Miyazaki a dessiné en 1982. En1984, Miyazaki s'adapte lui même et réalise le film Nausicaa de la vallée du vent: Seulement voila qu'apparait le problème de l'adaptation. Ce n'est pas un secret, très peu de films qui adaptent des oeuvres denses s'avèrent être une réussite. Nausicaa n'échappe malheureusement pas à cette règle là. L'oeuvre originale est dense, très recherchée. Le scènario, irrésumable, pose les bases de toutes les problèmatiques de l'oeuvre de Miyazaki: un rite initiatique pour une enfant qui doit faire face à des responsabilités qui vont la faire murir, sur fond de guerre et, forcement, de nature. Hélas! le format d'un film (2 heures maxi) ne convient pas du tout à l'adaptation d'une oeuvre aussi mastoc. Il en résulte un film creux, où, malheureusement, les personnages ne sont que des caricatures d'eux mêmes (en particulier la princesse Kushana, qui, dans le manga, est un personnage très ambigu mais foncièrement bon, et qui devient tout simplement la méchante connasse du film qui veut du mal aux gentils habitants de la vallée du vent). Oui, le défaut principal de Nausicaa, c'est bien un manichéisme d'autant plus surprenant que Miyazaki a toujours su l'éviter dans son oeuvre (tous ses personnages sombres sont toujours mitigés, ni bons ni mauvais, comme Dame Eboshi dans Mononoké, Hauru et la sorcière dans Le chateau ambulant, etc...). Les personnages que croisent Nausicaa n'ont aucune profondeur, l'intrigue est simplifiée au maximum, rien ne persiste de l'original.
Ce qui est d'autant plus triste que le manga est magique: profond, magnifique- ment bien dessiné, dense et recherché, émouvant... en fait, fidèle aux autres films que l'on connait de Miyazaki. Vous l'aurez compris, préférez la version papier à celle sur pellicule, ou le remake (reconnu comme tel) réalisé 12 ans plus tard: Princesse Mononoké. Et excusons Miyazaki pour ce "raté" (pour celui qui a lu le manga), en attendant avec impatience le prochain film de ce grand réalisateur de talent.

jeudi, août 10, 2006

La tourneuse de pages

Mélanie a 10 ans, elle est passionnée de piano. Au concours d'entrée du conservatoire, une pianiste professionnelle membre du jury lui manque de respect et par son geste malheureux, coupe les ailes à cette jeune enfant qui abandonne le piano.
Mélanie a la vingtaine, elle fait un stage chez un avocat très connu.
Par un concours de circonstances absolument pas hasardeux, Mélanie se retrouve pour les vacances de la toussain nounou du fils de cet avocat qui n'est autre que le mari de la fameuse pianiste. Mélanie a deux semaines pour assouvir son désir: la vengeance est un plat qui se mange froid...
Impossible de ne pas penser au Swimming Pool de Ozon en regardant La tourneuse de pages. En effet, on y retrouve les mêmes thèmes: deux femmes qui se vampirisent, qui nouent une relation plus qu'ambigue, faite de désir, d'admiration... En cherchant un peu plus loin, on peut aussi penser à Backstage d'Emmanuelle Bercot, dans le sens l'intrusion d'un personnage emplit de sentiments exacerbés pour une personnalité va boulverser à jamais son petit monde. Oui, à ceci près que Denis Dercourt réussit là où Ozon et Bercot ont échoué: La tourneuse de pages n'a rien d'un excercice de style un peu bancal, et tout du chef d'oeuvre (et non, je n'ai pas peur des mots).
Car oui, le film de Dercourt est magnifique. Esthétiquement, pour commencer, avec une mise en scène sobre mais effficace et une photographie très soignée. Mais la vraie réussite du film, c'est évidement les actrices. Catherine Frot, incroyable en dame et pianiste de haut rang mais finalement très humaine, et surtout, surtout, Déborah François, extraordinaire dans le rôle de la froide, rigide, calculatrice Melanie. Elle réussi, avec son interpretation silencieuse, à nous glacer le sang avec juste un regard, lourd de sens. Oui, le film fait froid dans le dos de tant de noirceur mais nous fait aussi frissonner... de plaisir.
Les détracteurs de ce film regrettent "un scénario prévisible et donc dénué de suspense". A cela je répliquerai que le suspense Hitchcockien vient justement du fait que le spectateur est conscient de ce qui se joue. Qu'importe si le final (par ailleurs très réussi) est prévisible, l'interêt n'est pas là, mais plutot dans la lente mais certaine évolution du plan de vengeance de Mélanie.
On ne peut pas parler de La tourneuse de pages sans aborder la musique, qui joue un rôle primordial, tout d'abord puisqu'elle est le biais par lequel se vengera Mélanie, mais aussi puisqu'elle instaure et maintient la tension durant tout le film. Composée de musique originale signée Jérôme Lemonnier (qui fait beaucoup penser aux très belles compositions de Philippe Rombi pour Swimming Pool) et de morceaux de Bach, la musique est actrice à part entière du film et joue, au même titre que les actrices, à la réussite du film tant elle est bien exploitée.
A tout cela, on ajoutera un magnifique traitement de la relation qui unit Mélanie à Arianne. Arianne reconnait aimer Mélanie (ça nous change un peu des fausses ambiguités qui ne s'assument pas!!), et Mélanie ressent finalement autant d'amour que de haine. Ou pas ? La force du film, c'est aussi de ne pas lever le voile sur ce qu'elle peut vraiment ressentir, afin que le spectateur imagine ce qu'il souhaite.

mardi, juillet 18, 2006

MI:3 Un film Hitchcockien

Toujours complétement dans les temps, j'ai décidé de consacrer ce post de rattrapage à Mission Impossible III. Et là, je vous entends crier, si si ne mentez pas ça râle deja là au fond.
Et bien contre toute attente, MI: III est un bon film. Choisir J.J Abrams était pour une fois un bon choix de la part de Tom Cruise. Pour les rares qui ne connaitraient pas Abrams, c'est le créateur et scénariste des l'excellentes séries Alias et Lost. Pour un premier passage à la réalisation et au long métrage, on aurait pu voir pire. Cela dit, Abrams ne créé pas du neuf: le film est conçu exactement comme un épisode d'Alias: en gros: une scene d'ouverture très stressante qui nous met au coeur d'une situation qu'on ne comprend pas. Le héros est en danger, un coup de feu retenti, et poum, un carton nous signale qu'on revient 72 heures avant, histoire qu'on comprenne un peu tout ça. Le temps pour Abrams d'installer du suspense, deux trois explosions, de faire faire des cascades à Tom pour salir un peu son marcel, et trouver des idées de génies pour aider Tom contre les méchants. Recette classique d'un bon film d'action.
Mais Abrams a aussi l'intelligence de faire appel au fameux MacGuffin de Hitchcock, ce rien scénaristique qui prend ici le rôle de la "pate de lapin". Cette astuce Hitchcokienne qui consiste à faire rechercher à ses héros quelque chose, qui restera un mystère pour le héros et les spectateurs jusqu'au bout. L'utilisation du MacGuiffin est intéressante car elle n'est qu'un pretexte pour lancer l'action mais permet malgré tout de tenir la curiosité en eveil tout le long. Le fait que l'énigme reste irrésolue jusqu'au bout permet d'éviter une éventuelle déception et donne la belle part au spectateur qui peut imaginer ce qu'il veut.
Abrams met en place toutes les leçons d'Hitchcock pour faire un bon film: un suspense bien distillé, et surtout, une bonne mise en place de tous les éléments nécessaires à la compréhension.
Ajoutons à un scénario bien ficellé une belle distribution, puisqu'on trouve aux cotés de Cruise un Philip Seymour Hoffman très en forme. Or, rappellons nous la formule de Hitchcock: plus réussi est le méchant, plus réussi est le film...

Crazy Kung-Fu

Après le succès de Shaolin Soccer, Stephen Chow remet ça avec Crazy Kung-Fu, où l'histoire de Sing, looser de première, qui tente d'intégrer le célébre gang des Haches qui règne sur la ville. Sur sa route, il rencontrera des maîtres de Kung Fu qui cachent leur vraie identité et surtout, se trouvera lui même.
Lorsqu'on a déjà vu Shaolin Soccer, on s'attend à rire devant Crazy Kung Fu. Pourtant, la séquence d'ouverture, qui introduit le gang des Haches, fait froid dans le dos par sa violence et son cynisme. Sur bien des aspects, cette séquence fait penser aux films de Tarantino (surtout Kill Bill vol. 1, bien sur). Puis Stephen Show nous présente le personnage de Sing, et alors le délire peut commencer. Le film est une suite de répliques cultes et les personnages ont tous un bon potentiel comique bien exploité.
Mais surtout, Crazy Kung-Fu réussi là où Shaolin Soccer n'avait peut etre pas réussi: il est plus qu'un délire sur pellicule. Esthétiquement, il est très soigné, et le chorégraphe Yuen Woo-Ping (connu pour son travail sur Matrix, Tigre et Dragon mais aussi réalisateur de mon cultissime Iron Monkey) s'est surpassé. Chow ose des références multiples, que ce soit à la bande dessinée (une scène de course poursuite qui peut faire penser aux occidentaux que nous sommes à Tex Avery), au cinéma occidental (jolie reprise d'une scène de Shining) et bien sur, au cinéma asiatique d'arts martiaux, puisque Crazy Kung-Fu en reprend tous les codes.
Bref, Stephen Chow signe un petit bijou qui peut être apprécié autant pour sa déconne que pour sa beauté!

Tideland


Que dire du dernier film de Terry Gilliam? Le film raconte l'histoire de Jeliza-Rose, fille d'un couple heroinomane, qui, a la mort de sa mère, part s'installer avec son père dans le taudis qui servit autrefois de maison à sa grand mère. Là bas, elle rencontre Dickens, épilleptique trépané avec une mentalité d'un gamin de 10 ans et sa grande soeur, Dell, sorcière borgne adepte de taxidermie. Bien que son père meurt d'une overdose dès le premier jour, Jeliza Rose est bien contente, car elle va pouvoir se faire des amis un peu plus réels que les 4 têtes de poupées avec lesquelles elle se trimballe tout le temps.
A lire les critiques des spectateurs et des journalistes, je crois que je suis passée à côté du film. Encensé, proclamé film terriblement poétique et très lucide sur l'horrible monde dans lequel on vit, je n'ai vu à la place qu'un film long, dont le but est encore flou (je n'ai peut etre pas perçu le message) et surtout, du réchauffé. Un croisement entre Psychose (pour la taxidermie et le paysage), Alice au pays des merveilles (Gilliam clame haut et fort que c'en est une adaptation) et, à bien des moments, Shining, dans la façon dont Jeliza-Rose fait parler ses têtes de poupées (la méchante tête parle avec la même voix d'outre tombe que Tony, le "petit garçon qui vit dans [la] bouche" de Danny). Que Gilliam ait été influencé, pas de problème avec ça! Mais le personnage de Dickens ressemble fortement à celui joué par Brad Pitt (la classe en moins) dans L'armée des douze singes du même Gilliam. Bref, une impression de déja vu et une terrible sensation d'ennui m'a assaillie. Reste la découverte de la petite Jodelle Ferland, qui fait là une performance d'actrice assez incroyable, d'autant plus que le film est pour elle un quasi monologue de 2 heures.

lundi, juillet 17, 2006

Vol 93


4 ans après le 11 septembre, le cinéma s'attaque à ce qui fait désormais partie de l'Histoire. Quelques mois avant le World Trade Center d'Oliver Stone, Paul Greengrass s'attaque à l'histoire, moins connue, du 4ème avion détourné ce jour là, le seul qui n'atteindra pas sa cible (la Maison Blanche) pour cause de révolte des passagers. En se basant sur les appels téléphoniques que ceux-ci ont passés à leurs proches avant de mourir, Greengrass signe une reconstitution troublante de l'histoire de ces quelques passagers. Reconstitution: à aucun moment, on ne se sent dans une fiction. Pour cela, Greengrass ne conte pas l'histoire d'un ou deux personnages, mais de l'ensemble de ces personnes. On ne saura pas un nom, pas une histoire personnelle. Pas de superbes actions érigeant ces inconnus au rang de surhommes. Juste la chronique de morts annoncées, un film hommage aux victimes.
A force d'entendre parler du 11 septembre et des conséquences tragiques qui en découlèrent (...), on avait peut être tendance à oublier la mort de ces innocents pour n'en retenir qu'une date. Le film de Greengrass a ce mérite. Et ce sont des images d'archives de CNN qui émeuvent en premier, montrant le premier impact dans les tours, puis le second.
Pour nourrir son docu-fiction, Greengrass fait appel au montage alterné, montrant la situation à bord de l'avion et l'impuissance des controlleurs aériens et des autorités. Ces scènes, un peu troublantes de prime abord car parfois difficilement compréhensibles, se révelent finalement très importantes et viennent nourrir le propos du film: car ce que Greengrass montre, c'est que les passagers étaient seuls. Loin d'être des héros mais livrés à eux mêmes, tous ces passagers ont donné leurs dernières minutes à essayer de se sauver, seuls.
Le film en soi n'est pas forcement le plus important. Car le parti pris de neutralité de Greengrass peut en énerver certains, qui attendaient plus d'émotions pour ce sujet brûlant. Qu'importe de savoir le nombre de minutes passées avec des larmes sur les joues. Evidemment, le film a ouvert un débat houleux (plutôt stérile, à mon humble avis); nombreux sont ceux qui ont crié au scandale, qui sont dégoutés qu'on "puisse faire de l'argent sur un tel drame" et blablabla. Mais l'important, c'est la démarche. C'est ce fameux devoir de mémoire.

jeudi, juillet 13, 2006

Slevin

Le principe scénaristique de base est simple: un jeune homme, décidement malchanceux (il vient d'apprendre qu'il est cocu, a perdu son appart, son job, et vient de se faire aggresser dans la rue) part souffler quelques jours dans l'appart d'un copain, Nick Fisher, à New York. Les 2 patrons ennemis de la mafia locale le prenne pour Nick, et le voila obligé de commettre un meurtre et de trouver 48 000 dollars en 48h: ca craint pour ses fesses...
C'est donc sur ce scénario, propice aux quiproquos, que Paul McGuigan, illustre inconnu dans le monde du cinéma (bien que ce ne soit pas son premier film), signe la bonne découverte des sorties du mois. Un scénario béton, une jolie mise en scène, une pléthore d'acteurs tous plus bons les uns que les autres (Bruce Willis, sobre et discret, Josh Hartnett délicieusement drôle malgré lui et Lucy Liu qui vient apporter de la fraicheur, en plus du monument Morgan Freeman, très bon dans son rôle du patron de la mafia): McGuigan avait tous les éléments en main pour faire un bon film, ce qu'il réussi à faire (car il arrive souvent que bien que les ingrédients soient là, la sauce ne prenne pas).
Les critiques ont tous fait le rapprochement avec Tarantino et Usual Suspect; pourquoi pas? Mais si on peut comparer Slevin à l'auteur de Pulp Fiction ou à Brian Singer, ce n'est pas parce qu'il tente de copier un style qui a prouvé son efficacité; non, la vérité, c'est que McGuigan partage avec eux l'amour du cinéma. C'est évident, ça crève l'écran, McGuigan est un cinéphile. Evidemment, Slevin fait penser à plusieurs reprises aux films de Tarantino, puisqu'il leur emprunte une narration loin d'être linéaire, qui fonctionne plutôt par association d'idées. Mais Slevin est bien plus qu'une pâle copie Tarantiniesque (oui oui vous avez bien lu). Il est un veritable hommage au genre, un film bourré de références (de Hitchcock aux James Bond). Il applique avec succès toutes les leçons des grands maitres, emprunte à Shyamalan sa maîtrise du suspense et surtout, surtout ! ajoute une bonne dose d'humour, ce qui fait passer Slevin du film sympa du genre à un très bon film, qui, sans aucun doute, ne souffrira pas de visions ultérieures.
A partir de maintenant, il faudra surveiller le prochain film de McGuigan, qui, avec Slevin, attire sur lui une attention bien méritée.

lundi, juillet 10, 2006

Les filles du botaniste


Un film sur un tabou énorme de notre société (et des autres), l'homosexualité, par Daï Sijie, réalisateur du très réussi Balzac et la petite tailleuse chinoise, un film qui a donc pour but de sensibiliser les gens sur la question et de faire évoluer les mentalités, oui, ce film était très interessant sur le papier. Sur la pellicule aussi, au vu de la bande annonce, très réussie, qui ne faisait pas mystère sur la fin du film, annihilant ainsi un faux suspense (les filles vont elles être condamnées à mort dans un pays, la Chine, où l'homosexualité est un crime?), permettant au spectateur de se focaliser seulement sur cette relation, et de l'amener à se révolter sur la betise de ces gouvernements qui envoient des filles à la mort parce qu'elles s'aiment. Oui mais... oui mais le film n'est pas réussi, c'est une grosse déception. Pire, il est raté, et son message ne passe pas, loin de là.
Tout d'abord, les héroines ne sont pas attachantes. Certes, le cinéma asiatique est assez froid (c'est un euphémisme), mais cette caractéristique ne l'empeche pas d'émouvoir les spectateurs. Seulement les personnages de Dai Sijie ne sont que des gamines capricieuses, méchantes et égoistes, et la conséquence de tout cela c'est que le spectateur se moque bien de savoir ce qui va leur arriver.
De plus, un élément scénaristique vient apporter un contresens terrible au propos de Dai Sijie: celui ci a en effet bien expliqué sa volonté de faire avancer les mentalités avec son film. Or, Min, l'étudiante orpheline qui apportera le péché sur l'ile du botaniste en pervertissant sa fille An, est métissée. Cela peut sembler anodin comme cela, mais pourtant, ce métissage est rappelé à plusieurs reprises, tout comme le fait que ce soit elle qui a perverti l'autre. L'un dans l'autre, cela donne un message ambigu: "le mal vient de l'occident". L'interêt de ce métissage n'est pas flagrant, et vient malheureusement biaiser le message que tente de véhiculer l'auteur.
Ce qui est aussi très regrettable, c'est que le film n'évite pas quelques clichés malheureux: ainsi, les personnages du frère de An et de son père, le botaniste, ont été grossièrement écrits. Donc le frère est évidemment un homme stupide, macho, et violent. Vive les clichés! Si on souhaite faire évoluer les mentalités, il convient de nuancer un peu tous les personnages, de mettre un peu de gris. Mais non, pour Sijie, tout est noir ou blanc.
Dommage donc, et même la photo magnifique du film ne le sauve pas. On s'ennuie, et on regrette ce qui sur le papier semblait interessant.