dimanche, juin 15, 2008

Le voyage de Chihiro

Chihiro est en voiture. Celle-ci avance, droit vers un nouveau départ. Chihiro a, elle, la tête ailleurs, tourné vers le passé, et même, renversée à l’envers sur la banquette. Chihiro a dix ans, et les problèmes qui vont avec. Insouciance, tristesse de quitter les copines.
La voiture s’arrête. Toute la famille traverse un tunnel froid et noir, Chihiro a peur, et se blottit contre sa mère. Elle n’a pas envie de s’arrêter pour aller voir le paysage. Lorsque ses parents se baffrent au restaurant d’une ville fantôme, Chihiro refuse de se joindre à eux. Ce refus la préservera de la transformation qui va toucher ses parents, qui deviennent des cochons.
Commence alors le véritable voyage de Chihiro...
Chihiro voyage physiquement, bien sûr, au sein d’un monde très différent du sien. Mais le véritable voyage est le fameux rite initiatique très commun dans les arts, qui caractérise ces voyages qui « forment la jeunesse ».
Chihiro va alors passer par toutes les étapes qui jalonnent le rite initiatique.
Tout d’abord, la rencontre avec l’aide extérieur. L’aide émanera de nombreuses personnes, mais elle vient en premier lieu de Haku, le dragon apprenti sorcier, qui mènera Chihiro vers Kamaji, le vieil homme araignée préposé à la chaufferie des thermes. Kamaji fourni le plus important à Chihiro dans le monde impitoyable qu’est ce monde dirigé par Yubaba : un travail. En acceptant de la recommander, il lui permet d’obtenir l’acceptation par la population autchotone de sa présence dans les thermes, elle qui « pue l’humain ». Une fois le contrat signé par Yubaba, Chihiro devient Sen, employée des thermes. C’est par la rencontre de toutes ces personnes, toutes ces différences que Chihiro peut commencer son évolution. Grâce à l’aide du Dieu sans visage, Chihiro peut alors aider l’esprit de la rivière. En sauvant celui-ci, Chihiro gagne le respect de ses collègues, et une boule amère qui lui permettra de sauver Haku lorsque celui-ci sera aux prises du maléfice de Zeniba, la dizygote de Yubaba. Tout est fait de réaction en chaîne. Mais ces différents objets (plaquettes de bain, boule amère, etc.) matérialisent l’aide apportée à Chihiro. Grâce à cette aide, Chihiro peut avancer dans sa quête, qui est de sauver ses parents en leur rendant leur apparence humaine et la liberté.

A chaque étape, Chihiro gagne un objet symbolisant un échelon dépassé, et gagne aussi en maturité. Au fur et à mesure, Chihiro, gamine capricieuse, apprend les bonnes manières, le respect des anciens, le refus des valeurs matérialistes (elle refuse l’argent offert par le dieu sans visage). Elle apprend avant tout l’amour, l’amitié, le don de soi. Car ce qui va avant tout la transformer, c’est évidemment l’amour qu’elle découvre avec Haku. Celui ci, mis en danger par sa propre ambition, deviendra le catalyseur de l’évolution de Chihiro. Et c’est lorsqu’elle retrouve le vrai nom de Haku qu’elle les libère tout les deux : lui, qui peut enfin se délier de l’emprise de Yubaba, et elle, arrivée à terme de son voyage, est enfin prête à délivrer ses parents. Au final Chihiro quitte son amour mais il est évident qu’elle le retrouvera.

Film d’une grande poésie et porteur d’espoir, drôle et touchant, Le voyage de Chihiro est plus abouti que Princesse Mononoké, car son personnage principal est porteur de ce qui faisait cruellement défaut au prince Ashitaka : des failles, qui lui permettront d’évoluer, face à un prince déjà bien mature qui restera fidèle à lui-même tout au long du film.

Boulevard de la mort - un film Grindhouse

Le générique se déroule tranquillement sur une image un peu crade (à grain), de pieds sur le tableau de bord d’une voiture. Un insert d’une voiture fonçant à toute allure sur des petites routes de campagnes vient interrompre le voyage de ces pieds, qu’on retrouve marchant sur le sol de l’appart d’une femme, Jungle Julia. Le coup d’envoi est lancé : le film parlera de femmes, et accessoirement d’une voiture, une voiture folle.

A la base associé en binôme avec Planète Terreur, le film de Tarantino n’a de réels liens avec lui que sur la volonté de faire un hommage aux films des années 70’s, et quelques passerelles (emprunts d’acteurs de l’autre film). Loin d’être un film d’horreur, Boulevard de la mort est plutôt un film d’ambiances. Ambiance girly, hommage au ciné, etc.

Mike la cascade est donc un malade dont le seul plaisir et d’épier des femmes avant de les dégommer d’un coup de caisse. Aucun motif à cela, juste le plaisir que cela lui procure… Ce qui le rapproche du réalisateur. Car Tarantino fait ce film pour se faire plaisir avant tout. Film mineur dans sa filmo, sans aucun doute, mais néanmoins clairement empreint de la patte du réalisateur, filant ses obsessions (la femme, les pieds, le cinéma !).

La structure du film est déroutante : obligé de rallonger son film pour pouvoir l’exploiter seul et non avec celui de Rodriguez comme prévu initialement, Tarantino passe, à la moitié du film, à une seconde partie. Il fait alors rentrer sur scène quatre autre jeunes femmes, mettant ainsi le spectateur à l’épreuve de s’adapter à ces nouveaux personnages (ce que fait Lynch constamment, en fait, mais avec les mêmes femmes d’une partie à l’autre). Les deux parties nous montrent donc des femmes discutant entre elle, de mecs, essentiellement. Boulevard de la mort est un film bavard : dans la première partie, nous suivons une bande de copines en soirée et leurs histoires à l’eau de rose. Dans la seconde partie, nous suivons Zoé Bell, compagne du réalisateur et cascadeuse de profession, dans sa virée avec ses copines sur une caisse de collection. (Oui, bon, je n’ai jamais dis que Tarantino avait rédigé le scénar de sa carrière !). Autant la première partie peut mettre mal à l’aise (surtout par son final sanglant), autant la seconde est jouissive : les amies, soudées, se comportent comme des gamines qui placent le fun avant tout. Et ça marche : on en redemande ! Alors, on embarque avec elles en voiture (ou sur la voiture avec Zoë, comme vous voulez) pour une course poursuite digne d’un grand film d’action. Et on apprécie de les voir éclater Stuntman Mike, qui s’avère être un gamin pleurnichard flippé, contrairement aux airs de durs qu’il se donnait dans la première partie. On reconnaitra donc que l’atout majeur du film est le jeu des actrices (et de l’acteur !) choisies avec gout par Tarantino. Les personnages sont attachants et drôles, comme toujours chez Tarantino qui est clairement doué pour l’humour.
Pour finir, le film peut sembler un peu bancal par moment mais jongle quand même de façon intéressante entre les genres. Sans aucun doute, Boulevard de la mort est un bon divertissement. Et il est mille fois supérieur à son jumeau signé Rodriguez.