Chihiro est en voiture. Celle-ci avance, droit vers un nouveau départ. Chihiro a, elle, la tête ailleurs, tourné vers le passé, et même, renversée à l’envers sur la banquette. Chihiro a dix ans, et les problèmes qui vont avec. Insouciance, tristesse de quitter les copines.La voiture s’arrête. Toute la famille traverse un tunnel froid et noir, Chihiro a peur, et se blottit contre sa mère. Elle n’a pas envie de s’arrêter pour aller voir le paysage. Lorsque ses parents se baffrent au restaurant d’une ville fantôme, Chihiro refuse de se joindre à eux. Ce refus la préservera de la transformation qui va toucher ses parents, qui deviennent des cochons.
Commence alors le véritable voyage de Chihiro...
Chihiro voyage physiquement, bien sûr, au sein d’un monde très différent du sien. Mais le véritable voyage est le fameux rite initiatique très commun dans les arts, qui caractérise ces voyages qui « forment la jeunesse ».
Chihiro va alors passer par toutes les étapes qui jalonnent le rite initiatique.
Tout d’abord, la rencontre avec l’aide extérieur. L’aide émanera de nombreuses personnes, mais elle vient en premier lieu de Haku, le dragon apprenti sorcier, qui mènera Chihiro vers Kamaji, le vieil homme araignée préposé à la chaufferie des thermes. Kamaji fourni le plus important à Chihiro dans le monde impitoyable qu’est ce monde dirigé par Yubaba : un travail. En acceptant de la recommander, il lui permet d’obtenir l’acceptation par la population autchotone de sa présence dans les thermes, elle qui « pue l’humain ». Une fois le contrat signé par
Yubaba, Chihiro devient Sen, employée des thermes. C’est par la rencontre de toutes ces personnes, toutes ces différences que Chihiro peut commencer son évolution. Grâce à l’aide du Dieu sans visage, Chihiro peut alors aider l’esprit de la rivière. En sauvant celui-ci, Chihiro gagne le respect de ses collègues, et une boule amère qui lui permettra de sauver Haku lorsque celui-ci sera aux prises du maléfice de Zeniba, la dizygote de Yubaba. Tout est fait de réaction en chaîne. Mais ces différents objets (plaquettes de bain, boule amère, etc.) matérialisent l’aide apportée à Chihiro. Grâce à cette aide, Chihiro peut avancer dans sa quête, qui est de sauver ses parents en leur rendant leur apparence humaine et la liberté.A chaque étape, Chihiro gagne un objet symbolisant un échelon dépassé, et gagne aussi en maturité. Au fur et à mesure, Chihiro, gamine capricieuse, apprend les bonnes manières, le respect des anciens, le refus des valeurs matérialistes (elle refuse l’argent offert par le dieu sans visage). Elle apprend avant tout l’amour, l’amitié, le don de soi. Car ce qui va avant tout la transformer, c’est évidemment l’amour qu’elle découvre avec Haku. Celui ci, mis en danger par sa propre ambition, deviendra le catalyseur de l’évolution de Chihiro. Et c’est lorsqu’elle retrouve le vrai nom de Haku qu’elle les libère tout les deux : lui, qui peut enfin se délier de l’emprise de Yubaba, et elle, arrivée à terme de son voyage, est enfin prête à délivrer ses parents. Au final Chihiro quitte son amour mais il est évident qu’elle le retrouvera.
Film d’une grande poésie et porteur d’espoir, drôle et touchant, Le voyage de Chihiro est plus abouti que Princesse Mononoké, car son personnage principal est porteur de ce qui faisait cruellement défaut au prince Ashitaka : des failles, qui lui permettront d’évoluer, face à un prince déjà bien mature qui restera fidèle à lui-même tout au long du film.

