vendredi, novembre 17, 2006

Rattrapage: Scoop et Le prestige

Sondra Pransky, étudiante américaine en journalisme, séjourne à Londres chez une amie. Lors d'un spectacle du prestigitateur Sid Waterman, le spectre d'un journaliste vedette décédé trois jours auparavant lui apparait. Il la met sur la piste du fameux tueur au tarot, et désigne le beau, jeune et riche Peter Lyman, comme auteur de ces crimes monstreux. Pransky décide d'enquêter, embarquant avec elle le réticent, l'excentrique Sidney.
Voila, il est là, comme chaque année, le dernier Allen. Après le brillant Match Point, Allen remet le couvert dans les mêmes conditions: Londres au lieu de New York, l'opéra remplaçant l'habituel jazz. Ou presque, puisque, contrairement à Match Point, Allen repasse devant la caméra pour endosser le rôle sur mesure de Sidney. Pour notre plus grand plaisir? Pour une fois, oui.
Je n'ai pas connu "l'age d'or" de Woody Allen, seulement ses films des 10 dernières années. Et je suis loin d'etre une fan de ce qu'il fait, son éternel rôle du juif farceur begayant me fatiguant plus qu'autre chose. Pourtant, avec Match Point, j'ai découvert une nouvelle facette d'Allen, celle ci me plaisant bien plus. J'avais, je l'avoue, quelques appréhensions à le revoir interpreter un rôle dans son film. Pourtant, il faut le dire, Scoop est plus que très réussi. Allen n'invente rien de neuf, il reprend sa classique comédie policière. Mais il arrive à rendre son film frais, et ce, grâce, d'une part, à un scénario simple mais très bien ficelé, mais aussi (et surtout!), par une très belle distribution. Car la réussite du film, c'est bien évidement Scarlett Johansson. Son personnage d'américaine tue l'amour maladroite est extraordinaire, et Allen la filme merveilleusement bien: pour une fois, il a l'intelligence de ne pas en faire une femme fatale, ce qui est une vraie réussite. Car alors, son personnage, plus accessible, permet l'identification, et notre sympathie lui est alors acquise. Il ajoute à ça des répliques très bien écrites, et la partie de ping pong de vannes en tout genre entre elle et Sid est jouissive. Oui, jouissive, car cela faisait bien longtemps qu'on avait pas rit autant, aussi franchement, remplacant l'eternel rire-qui-soupire. Un scénario prévisible? qu'importe, Allen assume et joue à fond de ses loufoqueries. Le seul reproche que l'on pourrait faire au film, c'est que le couple Allen-Johansson ne laisse pas la place à Hugh Jackman, qui reste alors cantonné à son rôle plat de beau gosse dragueur.
Qu'importe! car novembre est le mois de Jackman. Frustré de son rôle dans Scoop? Vous pouvez alors le retrouver dans Le prestige, le dernier film de Christopher Nolan, auteur de Memento et de Batman Begins. Celui ci raconte la compétition opposant, dans le Londres du 19ème siècle, deux génies de la magie, Robert Angier et Alfred Borden. Tout d'abord jouant dans la même équipe, la mort de la femme de Angier dans des circonstances dramatiques va les séparer définitivement. Alors commencera une longue compétition qui vise, un, à détruire l'autre, deux, à être le meilleur dans le domaine de la magie.
Le prestige est un film suprenant. Sous des dehors de film de "divertissement", se cache un film porteur d'une réflexion profonde sur la prestidigitation, et donc, par extention, sur le cinéma. Car qu'est ce que le cinéma, à part l'art par excellence de la magie, des petits "trucs" qui nous font croire à quelque chose qui n'est qu'illusion? Cette dimension réflexive est la preuve qu'un film à "gros budget", peut être porteur d'une réflexion (tout comme Batman Begins s'interrogeait sur la peur). Elle apparaît comme un plus, mais le scénario et la mise en scène suffiraient emplement à crier au génie. Car le film de Nolan est envoutant. Le scénario est extrement bien ficellé, et embarque littéralement le spectateur dans l'enquête policière du film. Comme pour Memento, Nolan a recourt à une construction non linéaire de l'histoire; mais ce choix n'est pas gratuit, et la forme vient au service du fond: une chronologie chamboulée? elle n'est là que pour renforcer le trouble des personnages, qui ne savent même plus comment ils en sont arrivés à un tel gachis de leurs vies et de celles de leurs entourages. Car la compétition entre Angier et Borden vire à l'obsession et à la destruction. Cette relation, extremement forte, et rendue crédible à l'écran grâce au talent des deux acteurs principaux, Hugh Jackman et Christian Bale (qui retrouve ici Nolan, après Batman Begins), qui interprêtent avec force et passion leurs personnages respectifs. En voulant être fort à tout prix, ils auraient pu devenir des gros cons antipathiques, mais grâce aux acteurs, ils deviennent vulnérables et touchants. Servi par de bons acteurs et un bon scénario, Nolan signe un film extrement beau, tant sur la forme (plans léchés qui viennent renforcer une atmosphère forte) que sur le fond, et emmène habillement le spectateur jusqu'au dénouement final, qui nous émerveille, tel un tour de magie bien réussi.

samedi, novembre 04, 2006

Indigènes

Toujours à l'heure dans les débats, mon retour sur ce blog sera marqué par quelques lignes sur Indigènes, de Rachid Bouchareb - mais il est inutile de présenter le films, puisque qu'il faudrait vraiment vivre dans une grotte pour avoir raté le battage médiatique qu'il y a eu sur le film. Comment ne pas partir avec un a priori positif sur ce film, au vu de son sujet? Oui, réhabiliter les soldats des anciennes colonies françaises, c'est important. Si on n'était pas encore assez touché, les nombreuses interviews des acteurs rappellant que ces soldats étaient "de la chair à paté" nous prépare à avoir honte de la France.
Ne vous méprenez pas: Indigènes m'a touchée. C'est un beau film (mais curieusement, je ne trouve pas le titre d'un seul film de guerre qui n'ait pas une belle photographie). Oui, Bouchareb a su bien filmer ses acteurs, ses paysages. Il a su créer des personnages attachants, assez développés pour ne pas être caricaturaux. Les acteurs sont bons (Sami Bouajila et Roschdy Zem en tête), Samy Naceri étant un peu moins bons que les autres (mais sans aucun doute, le fait qu'il ne parle pas arabe a du réduire l'importance de son personnage dans le film, ce qui forcement joue sur l'interprétation globale).
Non, ce qui me gène finalement, c'est l'essence même du film. Bouchareb ne s'en cache pas, il a fait ce film pour qu'enfin les anciens tirailleurs aient droit à la même pension que les français - ce qu'il a obtenu sans plus tarder du président à la sortie du film. Le cinéma est politique depuis (presque) sa naissance, ce n'est pas le problème (cela dit, je n'ai toujours pas résolu la question de: "est ce une bonne chose?"). Non, mais le problème, c'est la forme: pour atteindre son but, Bouchareb en rajoute des tonnes: il s'agira donc d'insister sur les dures conditions de vies des tirailleurs, et, toujours insister sur le fait que "pour les français de France c'est 30 fois mieux". C'est faire répeter 15 fois dans le film "plus tard on nous respectera". On s'attendrait presque à entendre "en novembre 2005 on devra cramer des bagnoles" pour insister sur le côté actuel du problème. Je ne suis pas en train de nier la réalité, attention. Je ne juge pas le fond - tout à fait légitime, mais la forme (le débat ne date pas d'hier, cf l'article de Jacques Rivette sur Kapo (à lire ici)). Dans sa séquence finale, Bouchareb insiste une dernière fois sur les inégalités, une scène qui me fait un peu penser à la séquence finale de La liste de Schindler de Spielberg: dans les deux films, ces séquences sont là pour faire pleurer (pour les grands insensibles qui n'ont toujours pas les yeux mouillés), et cette scène là, pourtant si chère à Bouchareb, me gène un peu. Indigènes est un beau film (et j'apprécie beaucoup qu'il soit aux 3/4 en arabe), mais reste un film fait pour atteindre un but, et pour moi, il ne peut pas vu que par le prisme de l'art. En fait, c'est un peu comme les films de Michael Moore: il faut savoir prendre du recul par rapport aux informations données, car les films qui aspirent à marquer politiquement ne peuvent empecher des partis pris forts et des raccourcis pour marquer le public.