samedi, novembre 04, 2006

Indigènes

Toujours à l'heure dans les débats, mon retour sur ce blog sera marqué par quelques lignes sur Indigènes, de Rachid Bouchareb - mais il est inutile de présenter le films, puisque qu'il faudrait vraiment vivre dans une grotte pour avoir raté le battage médiatique qu'il y a eu sur le film. Comment ne pas partir avec un a priori positif sur ce film, au vu de son sujet? Oui, réhabiliter les soldats des anciennes colonies françaises, c'est important. Si on n'était pas encore assez touché, les nombreuses interviews des acteurs rappellant que ces soldats étaient "de la chair à paté" nous prépare à avoir honte de la France.
Ne vous méprenez pas: Indigènes m'a touchée. C'est un beau film (mais curieusement, je ne trouve pas le titre d'un seul film de guerre qui n'ait pas une belle photographie). Oui, Bouchareb a su bien filmer ses acteurs, ses paysages. Il a su créer des personnages attachants, assez développés pour ne pas être caricaturaux. Les acteurs sont bons (Sami Bouajila et Roschdy Zem en tête), Samy Naceri étant un peu moins bons que les autres (mais sans aucun doute, le fait qu'il ne parle pas arabe a du réduire l'importance de son personnage dans le film, ce qui forcement joue sur l'interprétation globale).
Non, ce qui me gène finalement, c'est l'essence même du film. Bouchareb ne s'en cache pas, il a fait ce film pour qu'enfin les anciens tirailleurs aient droit à la même pension que les français - ce qu'il a obtenu sans plus tarder du président à la sortie du film. Le cinéma est politique depuis (presque) sa naissance, ce n'est pas le problème (cela dit, je n'ai toujours pas résolu la question de: "est ce une bonne chose?"). Non, mais le problème, c'est la forme: pour atteindre son but, Bouchareb en rajoute des tonnes: il s'agira donc d'insister sur les dures conditions de vies des tirailleurs, et, toujours insister sur le fait que "pour les français de France c'est 30 fois mieux". C'est faire répeter 15 fois dans le film "plus tard on nous respectera". On s'attendrait presque à entendre "en novembre 2005 on devra cramer des bagnoles" pour insister sur le côté actuel du problème. Je ne suis pas en train de nier la réalité, attention. Je ne juge pas le fond - tout à fait légitime, mais la forme (le débat ne date pas d'hier, cf l'article de Jacques Rivette sur Kapo (à lire ici)). Dans sa séquence finale, Bouchareb insiste une dernière fois sur les inégalités, une scène qui me fait un peu penser à la séquence finale de La liste de Schindler de Spielberg: dans les deux films, ces séquences sont là pour faire pleurer (pour les grands insensibles qui n'ont toujours pas les yeux mouillés), et cette scène là, pourtant si chère à Bouchareb, me gène un peu. Indigènes est un beau film (et j'apprécie beaucoup qu'il soit aux 3/4 en arabe), mais reste un film fait pour atteindre un but, et pour moi, il ne peut pas vu que par le prisme de l'art. En fait, c'est un peu comme les films de Michael Moore: il faut savoir prendre du recul par rapport aux informations données, car les films qui aspirent à marquer politiquement ne peuvent empecher des partis pris forts et des raccourcis pour marquer le public.

2 commentaires:

Anne-Claire a dit…

Ben alors la Flouch', t'étais bien repartie, elles sont où tes critiques des derniers films?

Je te grobisoute très fort et surtout : don't worry, be happy, je suis avec toi et je suis pas la seule : )

Vas y ma ptite soeur, tu vas tous les éclater!

Anne-Claire a dit…

J'attends toujours un nouveau post. Il se passe rien dans le 7eme art en ce moment ou tu es rentrée en hibernation?

Allez, ma flouch', je sais que tu peux le faire...