Qu'il fut long, mon chemin de réflexion! Véritable chemin de croix, ma réflexion sur l'engagement politique au cinéma a été amorcée depuis déjà plus d'un an. Avec la profusion des films, depuis janvier 2006, sur les questions africaines (Lord of War, Blood Diamond, The Constant gardener, Shooting dogs et j'en passe) ainsi que d'autres questions comme celles qu'abordait Good Night and Good Luck, ou même Indigènes, qui, de tous, aura évidemment eu le plus de répercussions sur la réalité.Depuis plus d'un an donc, j'hésite, je ne sais pas me fixer sur si oui ou non, un film peut/doit être politique. Evidemment, ces films m'ont touchée, mais, encore plus que de me demander s'ils ne sont pas vains, je m'interrogeais sur leur appartenance à l'Art. Il y a 6 mois, je déclarai l'impossibilité d'analyser Indigènes comme une œuvre d'art tant il était gorgé de politique.
Il m'aura donc fallu voir (voire, revoir) Good Night and Good Luck, Lord of War et découvrir La vie des autres en moins d'un mois pour que mon cheminement trouve enfin un aboutissement. "Bien sur, m'a soufflé ce film, bien sur que l'art se doit de flirter avec la politique et l'Histoire"! Si Georg Dreyman se met à écrire des articles engagés, c'est que le politique, le public a envahit l'intime. A cause de ses prises de positions, un ami metteur en scène perd sa vie, étouffé d'avoir perdu ses moyens d'expressions.
Q'importe si le déclic est de l'ordre de l'intime. C'est presque un devoir que de témoigner: d'un massacre, d'une dictature, d'une chasse aux sorcières. On en revient toujours à ce fameux devoir de mémoire. Pourquoi? Parce qu'il faut rappeler à l'homme les erreurs passées. Je ne crois pas pour autant qu'un film sera responsable de la fin des horreurs en Afrique, mais il est nécessaire d'en sortir un maximum: peut être se dégagera alors une prise de conscience. Ou non. Qu'importe! L'art se doit d'être politique, ne serait ce que pour essayer.Mais attention... quitte à contredire Alain Bergala, qui déplore l'attitude défensive qu'on nous apprend à avoir vis à vis des images, la politique dans l'art se doit d'être considérée avec précautions. Non pas qu'il faille se défendre d'un film. Bien sûr, un film est toujours le point de vue de quelqu'un sur quelque chose, oui, mais le regard de Ozon sur son Angel aura certainement moins de répercussions qu'un film qui rappelle les mauvais traitements subits par les soldats issus des colonies pendant la guerre - quitte à faire quelques raccourcis... Oh bien sur, un film peut être un choc (tous ceux qui ont choisi la voie du cinéma l'ont fait grâce à/à cause d'une rencontre troublante avec un film qui résiste, un film qui interpelle). Un film peut avoir des répercussions sur notre vie personnelle (vocation, engagement, miroir sur notre personnalité...). Mais celles provoquées par un film engagé sont d'un autre ordre. Or, un film engagé fait souvent des petits arrangements avec l'Histoire afin de bien faire passer son propos (oh, même un petit rien comme une façon de filmer, mettons, "le méchant", l'identifiant directement comme tel...). Oui, je crois qu'il ne faut pas oublier que tous les films sont le point de vue de quelqu'un sur le sujet. Ainsi donc, l'engagement n'enlève pas, contrairement à une idée que j'ai pu caresser, son statut d'oeuvre d'art à un film, qui a "le droit" d'être analysé formellement, comme tout autre. Mais, peut être encore plus que pour un film de "fiction classique", il ne faut pas oublier cette subjectivité. Celle ci est la base de l'Art, et on ne doit pas l'oublier. Cela ne fait pas du film qui fait une entorse à l'Histoire un mauvais objet. Seulement, une certaine distance est nécessaire. Lorsque Sofia Coppola insérait dans un plan de sa Marie Antoinette une paire de Converse, elle rappelait à tous que cette version était son regard sur l'Histoire, donc forcement subjectif, partiel et partial, donc inexact. Il ne fallait donc pas prendre le film pour argent comptant, car, par la suite, les inexactitudes historiques ont défilé.C'est donc peut être là qu'il est important d'enseigner un certain regard sur les images aux générations futures: non pas un regard de méfiance, mais un certain recul. Un film, aussi bon soit-il, ne pourra jamais nous éclairer sur l'ensemble d'une crise, d'une guerre, d'une vie. Ce qu'il faut donc apprendre, c'est à aller spontanément faire des recherches pour compléter ce point de vue.