
Un film sur un tabou énorme de notre société (et des autres), l'homosexualité, par Daï Sijie, réalisateur du très réussi Balzac et la petite tailleuse chinoise, un film qui a donc pour but de sensibiliser les gens sur la question et de faire évoluer les mentalités, oui, ce film était très interessant sur le papier. Sur la pellicule aussi, au vu de la bande annonce, très réussie, qui ne faisait pas mystère sur la fin du film, annihilant ainsi un faux suspense (les filles vont elles être condamnées à mort dans un pays, la Chine, où l'homosexualité est un crime?), permettant au spectateur de se focaliser seulement sur cette relation, et de l'amener à se révolter sur la betise de ces gouvernements qui envoient des filles à la mort parce qu'elles s'aiment. Oui mais... oui mais le film n'est pas réussi, c'est une grosse déception. Pire, il est raté, et son message ne passe pas, loin de là.
Tout d'abord, les héroines ne sont pas attachantes. Certes, le cinéma asiatique est assez froid (c'est un euphémisme), mais cette caractéristique ne l'empeche pas d'émouvoir les spectateurs. Seulement les personnages de Dai Sijie ne sont que des gamines capricieuses, méchantes et égoistes, et la conséquence de tout cela c'est que le spectateur se moque bien de savoir ce qui va leur arriver.
De plus, un élément scénaristique vient apporter un contresens terrible au propos de Dai Sijie: celui ci a en effet bien expliqué sa volonté de faire avancer les mentalités avec son film. Or, Min, l'étudiante orpheline qui apportera le péché sur l'ile du botaniste en pervertissant sa fille An, est métissée. Cela peut sembler anodin comme cela, mais pourtant, ce métissage est rappelé à plusieurs reprises, tout comme le fait que ce soit elle qui a perverti l'autre. L'un dans l'autre, cela donne un message ambigu: "le mal vient de l'occident". L'interêt de ce métissage n'est pas flagrant, et vient malheureusement biaiser le message que tente de véhiculer l'auteur.
Ce qui est aussi très regrettable, c'est que le film n'évite pas quelques clichés malheureux: ainsi, les personnages du frère de An et de son père, le botaniste, ont été grossièrement écrits. Donc le frère est évidemment un homme stupide, macho, et violent. Vive les clichés! Si on souhaite faire évoluer les mentalités, il convient de nuancer un peu tous les personnages, de mettre un peu de gris. Mais non, pour Sijie, tout est noir ou blanc.
Dommage donc, et même la photo magnifique du film ne le sauve pas. On s'ennuie, et on regrette ce qui sur le papier semblait interessant.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire