lundi, septembre 18, 2006

Brick

Lycéen intelligent et asocial, Brendan reçoit un jour un appel de son ex petite amie lui demandant de lui venir en aide, tout lui expliquant en quelques mots incompréhensibles quel est le problème. 2 jours plus tard, Brendan retrouve Emily morte. Il se met donc en quête de la vérité, vérité qui le menera dans la haute société et dans la mafia trafiquante de drogue, l'une et l'autre n'étant pas du tout incompatible, au contraire...
Partant d'un postulat simple, le réalisateur et scénariste Rian Johnson nous embarque dans un scénario bien compliqué qui renforce, si cela était encore nécessaire, l'appartenance de Brick au film noir. Sauf que l'intrigue de Brick se situe au lycée, et cela est loin d'être anodin: aux problèmes classiques de mafia s'ajoute les tromperies et les rancoeurs propres à l'adolescence et à la cours de récré. Que The Pin, le patron de la mafia, vit encore chez sa mère. Qu'une lycéenne théatreuse débaucheuse de gamins et appartenant à la mafia se met à fondre en larmes pour essayer de se tirer d'une mauvaise situation. Et c'est justement ça qui donne tout son charme à Brick: il est incontestablement un film noir, en décline avec talent tout les codes, fidèle au genre, mais y ajoute un humour et un second degré qui raffraichissent pour notre plus grand plaisir un genre parfois poussièreux. Johnson use du comique de répétition et du comique de situation jusqu'à la corde.
Bien sûr, Brick est loin d'être un film parfait. Il apparait évident dès les premières images qu'il est le premier long métrage de son réalisateur, avec ce que cela implique: être un exercice de style, fidèle au genre, tout en essayant de se démarquer par un parti pris esthétique parfois inutile. Ainsi, Johnson tente un certain nombre de plans "expérimentaux", cadre incliné et tout le tintouin, un peu inutile car cela apporte finalement peu de choses au film qui n'a pas besoin de cela pour exister. Le scénario est un peu compliqué et si parfois Johnson s'arrête longuement pour expliquer un point de l'histoire, c'est pour passer rapidement sur un autre qui aurait eu besoin d'explications supplémentaires.
Qu'importe... comme je le disais, Brick est loin d'être un film parfait, mais il a indéniablement de nombreuses qualités. Sa principale est certainement la performance de Joseph Gordon-Levitt, (découvert dans le magnifique Mysterious Skin de Gregg Araki). Gordon Levitt s'y montre plus que crédible, apportant un peu d'épaisseur à un teenage, très appréciable quand on voit le sort réservé aux ado dans le cinéma américain, creux, insignifiants et toujours clichés. Brick est donc un très bon premier film, et Johnson un réalisateur prometteur d'un cinéma américain qui sait parfois se renouveler avec talent.

lundi, septembre 11, 2006

Nausicaa de la vallée du vent

Depuis le succès du Voyage de Chihiro, les distributeurs français ont compris que Miyazaki, c'était bien. Du coup, ils resortent des tiroirs (pour notre plus grand plaisir!) les anciens films de Miyazaki et ceux des studios Ghibli, et les éditent en dvds ou, plus rarement, les sortent sur grand écran, comme Le chateau dans le ciel il y a quelques années et Nausicaa de la vallée du vent ce mois ci. Etant une grande admiratrice des films de Miyazaki, je ne pouvais que me réjouir de pouvoir enfin voir le premier film de ce grand réalisateur. Pourtant, à la sortie de la salle, j'étais vraiment déçue...
Il faut savoir qu'à la base de Nausicaa, il y a un manga de 7 tomes (parus chez Glénat) que Miyazaki a dessiné en 1982. En1984, Miyazaki s'adapte lui même et réalise le film Nausicaa de la vallée du vent: Seulement voila qu'apparait le problème de l'adaptation. Ce n'est pas un secret, très peu de films qui adaptent des oeuvres denses s'avèrent être une réussite. Nausicaa n'échappe malheureusement pas à cette règle là. L'oeuvre originale est dense, très recherchée. Le scènario, irrésumable, pose les bases de toutes les problèmatiques de l'oeuvre de Miyazaki: un rite initiatique pour une enfant qui doit faire face à des responsabilités qui vont la faire murir, sur fond de guerre et, forcement, de nature. Hélas! le format d'un film (2 heures maxi) ne convient pas du tout à l'adaptation d'une oeuvre aussi mastoc. Il en résulte un film creux, où, malheureusement, les personnages ne sont que des caricatures d'eux mêmes (en particulier la princesse Kushana, qui, dans le manga, est un personnage très ambigu mais foncièrement bon, et qui devient tout simplement la méchante connasse du film qui veut du mal aux gentils habitants de la vallée du vent). Oui, le défaut principal de Nausicaa, c'est bien un manichéisme d'autant plus surprenant que Miyazaki a toujours su l'éviter dans son oeuvre (tous ses personnages sombres sont toujours mitigés, ni bons ni mauvais, comme Dame Eboshi dans Mononoké, Hauru et la sorcière dans Le chateau ambulant, etc...). Les personnages que croisent Nausicaa n'ont aucune profondeur, l'intrigue est simplifiée au maximum, rien ne persiste de l'original.
Ce qui est d'autant plus triste que le manga est magique: profond, magnifique- ment bien dessiné, dense et recherché, émouvant... en fait, fidèle aux autres films que l'on connait de Miyazaki. Vous l'aurez compris, préférez la version papier à celle sur pellicule, ou le remake (reconnu comme tel) réalisé 12 ans plus tard: Princesse Mononoké. Et excusons Miyazaki pour ce "raté" (pour celui qui a lu le manga), en attendant avec impatience le prochain film de ce grand réalisateur de talent.