mardi, septembre 11, 2007

Planete terreur - Un film Grindhouse

Le scénario, irracontable, tient sur un ticket de métro : en gros, des méchants zombies attaquent un petit village perdu au fin fond des Etats-Unis. Qu’importe, puisque le scénario n’est qu’une excuse dont se sert Rodriguez pour son film-hommage aux séries Z. Mission accompli: il ne fait aucun doute sur l’appartenance du film au genre fétiche du réalisateur.
Mais Rodriguez, en voulant suivre la voie du « too much » de mise dans les séries Z, s’est égaré. L’effet s’use de lui même, et use le spectateur. A force de second degré, l’agacement remplace le rire, face à un objet qui ressemble à regardez-moi-je-fais-second-degré, je-suis-un-petit-malin.
De même, la recherche esthétique du film énerve. L’ensemble du parti pris esthétique, jouant sur une fausse usure de la pellicule (rayures, couleurs passées à cause de la maladie du vinaigre,etc.) aurait pu être interessant… s’il avait été utilisé avec parcimonie. Dans des situations bien spécifiques, tout comme il l’a fait de façon ingénieuse et comique en prétextant la disparition d’une bobine pour couper une scène X, l'effet aurait très bien fonctionné. Mais là encore, la présence sur toute la longueur du film d'images rayées et de bande-son crépitante fini par user le spectateur, et perdre de sa cohérence esthétique.
Tout cela est dommage, car une meilleure gestion de ces effets auraient pu donner un meilleur résultat. D’autant plus qu’il y a malgré tout quelques bons passages, notamment l’excellente fausse bande-d’annonce au début du film (Machete) et tout le délire sur les talents inutiles.
Au final, l’impression persistante est d’assister à un film que le réalisateur aurait fait pour lui, et non pas un film destiné à la projection. Un mixte entre un film-labo (sur l’aspect jeu de la pellicule) et un délire entre potes. Alors, plus qu’un hommage aux séries Z, le film devient un divertissement pur un peu cradingue.

Le secret de Brokeback Moutain

Ennis Del Mar et Jack Twist se rencontrent en 1967. Tout deux travaillent au noir pour un éleveurs de moutons, dont ils surveillent le troupeau en montagne pendant l’été. C’est le début d’une histoire d’amour qui s’étalera sur plus de vingt ans…

Brokeback Mountain est le récit de deux vies gâchées d’être passées à côté de l’amour. La force du film ne réside pas dans la beauté des paysages (par ailleurs magnifiques) mais dans le traitement de l’amour qui unit Ennis et Jack.
Ennis avait 8/9 ans quand son père l’a mené fierement voir dans un champ proche la dépouille mutilée d’un voisin éleveur homosexuel qui s'est fait assassiné. Cette image l’a marqué à vie. Elle cristalise l’univers homophobe dans lequel Ennis et Jack évoluent. Jack, dont le dialogue avec ses parents est possible, est prêt à la braver. Ennis, lui, n’arrivera jamais à dépasser cette image, et n’arrivera qu’à briser son mariage et sa vie.
Car Brokeback Mountain est affaire de réflexion sur l’image sous toutes ses formes. Image de soi, bien sûr, Ennis ne voulant pas paraître une tafiole efféminée, en témoigne son besoin de cogner des hommes saouls pour affirmer sa virilité auprès de sa femme.
Image des autres, bien sûr. Tout est affaire de regard, et Ennis ne supporte ni son propre regard sur lui, ni celui qu’aurait la société s’il devait vivre son amour avec Jack au grand jour. Encore une fois, c’est par la violence qu’il réagit lorsque la seule personne au courant de cette liaison, son ex femme, lui en parle. A ce moment, violence et déni sont les seules armes dont dispose Ennis, incapable d’avouer aux autres et encore moins à lui même que c’est vraiment de l’amour qui l’unit à Jack.
Sans l’image imposée par son père pendant son enfance, peut-être qu'Ennis aurait pu vivre son histoire. Mais les images qui nous construisent sont parfois trop fortement ancrées. Celles qu’à reçu Jack étaient plus positive, puisqu’il lui a été possible de faire part à ses parents de son envie d’emmenager avec Ennis.
Ce qui importe n’est pas tant le fait que l’histoire concerne deux hommes, mais le fait qu’ils n’aient pas pu vivre leur histoire à cause de regards imposés. Brokeback Mountain pose donc intelligemment au spectateur la question des images qu’il reçoit et qui le construisent, qui l'ont construit, mais aussi des images qu’il transmet…
Au final, il émane de ce film une grande tristesse, car le spectateur ressent l'impression de gâchis. Mais il émane aussi une grande beauté, et un calme fou de cette oeuvre sublime d'Ang Lee, qui a amplement mérité le succès critique et public qu'il a rencontré.

vendredi, septembre 07, 2007

Mes voisins les Yamada

Après le succès des films de Miyazaki, les distributeurs français ont décidés de resortir tous les films des studios Ghibli, ce qui, on ne l'oubliera pas, apporte un plaisir inégal aux spectateurs.
Cette fois-ci, cela nous a donné la possibilité de découvrir une oeuvre du réalisateur aux milles facettes, Isao Takahata. Après la chronique hyper réaliste de deux orphelins pendant la guerre au Japon (Le tombeau des Lucioles), et le récit écologique de la guerre des tanukis contre l'implantation de nouveaux logements humains (Pompoko), Takahata nous livre un portrait drôle et touchant d'une famille Japonaise actuelle, entre respect des traditions et modernité.
Takahata a choisi de réaliser un film fait de petites nouvelles, dont les transitions sont permises par des haïkus, sorte de petits poèmes très connus au Japon. Cette famille moderne comporte cinq membres, le père Takashi, la mère Matsuko, le fils Naboru et la fille Nonoko, ainsi que leurs grand-mère maternelle, Shige, tous plus barrés les uns que les autres.
Le film dépeint leurs vies, faites d'entraide, mais aussi de petits stratagèmes pour éviter de faire la vaiselle, de sortir les poubelles, de petites disputes pour la télécommande, bref, de toutes ces anecdoctes qui font supporter le quotidien. Le dessin, "minimaliste", est magnifique. Idéales pour illustrer ces petites chroniques, ces aquarelles animées par ordinateurs se mélangent à merveille avec les haïkus, poèmes parfois drôles, parfois mélancoliques. Takahata nous prouve donc qu'il peut être plus optimiste que d'habitude, tout en conservant la poésie de ses oeuvres précédentes.
Tout comme le résume Naboru, "si cette famille s'entend si bien c'est parce que tout ses membres sont plus fous les uns que les autres". Donc si vous vous sentez vous même un peu fou, lancez vous dans ces petites histoires... Rires garantis.