dimanche, janvier 29, 2006

Backstage


Dans son deuxième long métrage Backstage, Emmanuelle Bercot, qui s’intéresse depuis toujours aux problèmes liés à l’adolescence, s’attaque à l’épineuse question du fanatisme.
Elle nous raconte l’histoire de Lucie (Isild Le Besco), jeune adolescente de 17 ans, qui vit avec sa mère et son petit frère dans une maison style « classe très moyenne » du nord de la France. Elle voue un véritable culte à la chanteuse Lauren Waks (Emmanuelle Seigner), clone de Mylene Farmer. Le jour où, pour une émission de télévision inspirée de « star à domicile », Lauren vient chanter pour Lucie, sa vie bascule. Le vide provoqué par le départ de Lauren est insoutenable, et Lucie part à Paris pour essayer de retrouver Lauren. S’installe alors, par un concours d’événements, une étrange relation entre la jeune Lucie et son idole. Lucie pénètre dans le monde de Lauren, la rejoint dans son huis clos dans un hôtel. Elle devient peu à peu indispensable à Lauren, et apprendra vite les codes de ce monde qui n’est pas le sien. Mais l’entrée dans ce monde qui devait lui rester fermé la fera passer de l’adulation à la folie, et peu à peu, Lucie, qui souhaite faire le bonheur à tout prix de sa star, « volera » la vie de Lauren, séduira et vivra une relation avec l’ex amant de Lauren, Daniel, jusqu’à ce qu’éclate la vérité et que sa folie soit visible de tous. Alors, Lauren renverra Lucie chez elle, mais le mal est déjà fait : Lucie est enceinte de Daniel, afin de pouvoir donner l’enfant de Daniel à Lauren qui elle, avait dû avorter lorsqu’elle était tombée enceinte.

Emmanuelle Bercot décrit avec brio le fanatisme, phénomène très courant chez les adolescentes. Au départ, Lucie est une fan comme les autres : en mal de personnalité, elle cherche à se forger en s’identifiant à une personne célèbre. Comme souvent, son mal de vivre est très fort et elle est attirée par une personne à l’univers morbide et mystique. Hélas, la mère de Lucie, en voulant lui faire plaisir, va la faire basculer du côté excessif et malsain du fanatisme. Le choc provoqué par la venue de cet être fantasmée dans son salon sera trop fort : il poussera Lucie dans la folie sans limites. Comment serait-il possible pour Lucie de continuer sa vie comme avant, maintenant qu’elle a rencontré Lauren, qui s’est adressé à elle personnellement? Lucie est complètement ravagée, et se met donc en tête de rejoindre son idole.
Or, bien qu’aujourd’hui, la télévision crée des « stars » afin de pouvoir jouer sur une identification plus forte du public, tout est orchestré pour que ces deux mondes ne se rencontrent jamais. Ou alors, si cela arrive, les secondes sont méticuleusement comptées. Ce sont deux mondes très différents qui ne doivent jamais se rencontrer, on joue sur la frustration et surtout le mystère. Ce sont d’ailleurs les « stars » qui jouent le plus sur le mystère, façon Mylene Farmer, qui provoquent le plus d’engouement de la part du public. Voila donc ce qui fut la base du scénario pour Emmanuelle Bercot : après une rencontre avec son idole et l’intrusion de celle-ci dans son monde, « comment les fans réagissent-ils au vide immense qui suit ce moment inouï ? ». Ayant, par un concours de circonstances, intégré le monde de Lauren, le fanatisme de Lucie va se muer en folie.

Comme elle l’avoue elle-même, Emmanuelle Bercot ne connaissait pas bien le phénomène des fans, et n’a pas voulu en rencontrer afin de préparer son film. Cela sous entend donc qu’elle a écrit son scénario à partir des clichés qu’elle pouvait avoir sur le sujet. Alors comment à t’elle pu décrire aussi bien ce qu’il peut se passer dans la tête d’une fan ? Tout simplement car, comme Emmanuelle Bercot le dit elle-même, c’est avant tout une histoire d’amour passionnelle et fusionnelle, un amour impossible, ce sujet qui semble l’obséder, au vu de ses précédents films. La puce traitait de l’apprentissage d’une adolescente de 14 ans de l’acte sexuel avec un homme de 35 ans. Clément, de l’histoire d’amour fusionnelle entre un collégien de 13 ans et d’une femme d’une trentaine d’années.
Car Backstage est, contre toute attente, une histoire d’amour. S’il est évident que Lucie aime Lauren (amour qui la mènera à la folie), Lauren aime aussi profondément Lucie.
Point de vue mise en scène, Bercot film les corps de très près, caméra à l’épaule. Cette proximité imposée peut mettre mal à l’aise (elle y participe, en tout cas, au même titre que la musique), mais elle permet de favoriser l’identification, ou, à défaut, l’immersion dans le monde de Lucie : le spectateur est comme emprisonné, embarqué de force avec la caméra dans la chambre d’hôtel, scène du drame que vont jouer Lauren et Lucie.
Quant au résultat esthétique global du film… peut-on dire que l’image est belle ? Bercot a fait des plans magnifiques dans sa séquence d’ouverture (très réussie) : elle rend Seigner magnifique quand celle-ci arrive dans la maison de Lucie pour lui chanter sa chanson favorite. Le reste du film n’a pas la même qualité d’image. Mais justement, n’est-ce pas un choix, un parti pris de la réalisatrice : en effet, (comme le soulevait Rivette par rapport au film Kapo), peut-on se permettre de faire de belles images lorsqu’on parle de quelque chose de monstrueux ?
Backstage est-il un beau film ? Non, Backstage est un film juste. Emmanuelle Bercot, que la vraisemblance obsède, a su bien retranscrire les sentiments que ressent une fan à l’égard de son idole. Le film est si fort qu’à plusieurs reprises, on ressent la nécessité d’en sortir. Le spectateur ressent un mélange d’effroi et de fascination à l’égard de la folie et de l’amour excessif que Lucie porte à Lauren. A chaque nouvelle étape franchie sur le chemin qui mènera Lucie à la folie, le spectateur souffre et compati avec le personnage de Lauren, dont Bercot a finit par épouser le point de vue, après une première partie faite du point de vue de Lucie.
Backstage est surtout un film vivant : il semble difficile d’en sortir, même lorsque le film est terminé. Et celui-ci de continuer à vivre en nous à la sortie de la salle.

La seule réserve que l’on pourrait émettre, c’est que Bercot, qui avait réalisé le téléfilm Le choix d’Elodie (qui avait fait découvrir Isild Le Besco au public), a gardé certains traits spécifiques à un téléfilm : un scénario trop bien ficelé, avec un véritable souci d’expliquer : tous les faits et gestes des personnages sont explicables par des raisons psychologiques et sociologiques. Bercot ne laisse pas la possibilité au spectateur d’imaginer, et de se faire son propre film. La dernière séquence semble même un peu de trop : Bercot aurait pu éviter de nous montrer Lucie revenir à son ancienne vie. Elle nous montre Lucie de retour dans sa campagne, où elle exerce un travail miteux, et insiste lourdement sur le fait qu’elle a appelé sa fille Lauren. Bercot aurait tout aussi bien pu faire finir le film sur la révélation de sa grossesse à Lauren, et sur le rejet que Lauren fait alors de Lucie. Dans ce cas, elle aurait laissé la question ouverte, et le spectateur aurait pu imaginer à sa guise ce qui allait se passer.
Malgré cela, Bercot a osé s’attaquer à un sujet souvent évité au cinéma car trop épineux : l’adolescence. Souvent, les films qui en parlent n’arrivent pas à éviter les clichés. Or, Emmanuelle Bercot en parle avec justesse, ce qui lui permet de traiter du thème du fanatisme avec force et réalisme alors que, comme elle l’avoue elle-même, elle naviguait un peu en eau trouble. Pari tenu comme en témoigne les nombreux témoignages d’anciens fans de Mylene Farmer qui jugent le film crédible.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Et avec qui tu as vu ce film??
BIBI!!c'est pas un hasard....
Laurène qui cherche sa lucie?