jeudi, août 10, 2006

La tourneuse de pages

Mélanie a 10 ans, elle est passionnée de piano. Au concours d'entrée du conservatoire, une pianiste professionnelle membre du jury lui manque de respect et par son geste malheureux, coupe les ailes à cette jeune enfant qui abandonne le piano.
Mélanie a la vingtaine, elle fait un stage chez un avocat très connu.
Par un concours de circonstances absolument pas hasardeux, Mélanie se retrouve pour les vacances de la toussain nounou du fils de cet avocat qui n'est autre que le mari de la fameuse pianiste. Mélanie a deux semaines pour assouvir son désir: la vengeance est un plat qui se mange froid...
Impossible de ne pas penser au Swimming Pool de Ozon en regardant La tourneuse de pages. En effet, on y retrouve les mêmes thèmes: deux femmes qui se vampirisent, qui nouent une relation plus qu'ambigue, faite de désir, d'admiration... En cherchant un peu plus loin, on peut aussi penser à Backstage d'Emmanuelle Bercot, dans le sens l'intrusion d'un personnage emplit de sentiments exacerbés pour une personnalité va boulverser à jamais son petit monde. Oui, à ceci près que Denis Dercourt réussit là où Ozon et Bercot ont échoué: La tourneuse de pages n'a rien d'un excercice de style un peu bancal, et tout du chef d'oeuvre (et non, je n'ai pas peur des mots).
Car oui, le film de Dercourt est magnifique. Esthétiquement, pour commencer, avec une mise en scène sobre mais effficace et une photographie très soignée. Mais la vraie réussite du film, c'est évidement les actrices. Catherine Frot, incroyable en dame et pianiste de haut rang mais finalement très humaine, et surtout, surtout, Déborah François, extraordinaire dans le rôle de la froide, rigide, calculatrice Melanie. Elle réussi, avec son interpretation silencieuse, à nous glacer le sang avec juste un regard, lourd de sens. Oui, le film fait froid dans le dos de tant de noirceur mais nous fait aussi frissonner... de plaisir.
Les détracteurs de ce film regrettent "un scénario prévisible et donc dénué de suspense". A cela je répliquerai que le suspense Hitchcockien vient justement du fait que le spectateur est conscient de ce qui se joue. Qu'importe si le final (par ailleurs très réussi) est prévisible, l'interêt n'est pas là, mais plutot dans la lente mais certaine évolution du plan de vengeance de Mélanie.
On ne peut pas parler de La tourneuse de pages sans aborder la musique, qui joue un rôle primordial, tout d'abord puisqu'elle est le biais par lequel se vengera Mélanie, mais aussi puisqu'elle instaure et maintient la tension durant tout le film. Composée de musique originale signée Jérôme Lemonnier (qui fait beaucoup penser aux très belles compositions de Philippe Rombi pour Swimming Pool) et de morceaux de Bach, la musique est actrice à part entière du film et joue, au même titre que les actrices, à la réussite du film tant elle est bien exploitée.
A tout cela, on ajoutera un magnifique traitement de la relation qui unit Mélanie à Arianne. Arianne reconnait aimer Mélanie (ça nous change un peu des fausses ambiguités qui ne s'assument pas!!), et Mélanie ressent finalement autant d'amour que de haine. Ou pas ? La force du film, c'est aussi de ne pas lever le voile sur ce qu'elle peut vraiment ressentir, afin que le spectateur imagine ce qu'il souhaite.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bravo! Si le film est un chef d'oeuvre ton commentaire en est son pendant!
j'ai vu ce film que j'ai beaucoup aimé aussi, j'avoue ne pas avoir pensé à swimming pool mais plutot à un chabrol, surement lié au milieu ou l'histoire se déroule!
Quand aux critiques qui trouvent le scénario previsible je l'apprend dans ton commentaire!Je dois etre stupide car jusqu'a la fin je n'ai pas compris exactement la nature des relations qui unissaient les deux femmes et surtout ce que Melanie cherchait. Je pensais au début à une sorte de fanatisme, comme dans backstage, d'ou découle un amour fou. Mais à aucun moment je me doutait de cette fin la!
Merci monsieur le réalisateur dont j'ai deja oublié le nom, et merci flo de l'avoir aussi bien commenté!