mardi, juillet 18, 2006

MI:3 Un film Hitchcockien

Toujours complétement dans les temps, j'ai décidé de consacrer ce post de rattrapage à Mission Impossible III. Et là, je vous entends crier, si si ne mentez pas ça râle deja là au fond.
Et bien contre toute attente, MI: III est un bon film. Choisir J.J Abrams était pour une fois un bon choix de la part de Tom Cruise. Pour les rares qui ne connaitraient pas Abrams, c'est le créateur et scénariste des l'excellentes séries Alias et Lost. Pour un premier passage à la réalisation et au long métrage, on aurait pu voir pire. Cela dit, Abrams ne créé pas du neuf: le film est conçu exactement comme un épisode d'Alias: en gros: une scene d'ouverture très stressante qui nous met au coeur d'une situation qu'on ne comprend pas. Le héros est en danger, un coup de feu retenti, et poum, un carton nous signale qu'on revient 72 heures avant, histoire qu'on comprenne un peu tout ça. Le temps pour Abrams d'installer du suspense, deux trois explosions, de faire faire des cascades à Tom pour salir un peu son marcel, et trouver des idées de génies pour aider Tom contre les méchants. Recette classique d'un bon film d'action.
Mais Abrams a aussi l'intelligence de faire appel au fameux MacGuffin de Hitchcock, ce rien scénaristique qui prend ici le rôle de la "pate de lapin". Cette astuce Hitchcokienne qui consiste à faire rechercher à ses héros quelque chose, qui restera un mystère pour le héros et les spectateurs jusqu'au bout. L'utilisation du MacGuiffin est intéressante car elle n'est qu'un pretexte pour lancer l'action mais permet malgré tout de tenir la curiosité en eveil tout le long. Le fait que l'énigme reste irrésolue jusqu'au bout permet d'éviter une éventuelle déception et donne la belle part au spectateur qui peut imaginer ce qu'il veut.
Abrams met en place toutes les leçons d'Hitchcock pour faire un bon film: un suspense bien distillé, et surtout, une bonne mise en place de tous les éléments nécessaires à la compréhension.
Ajoutons à un scénario bien ficellé une belle distribution, puisqu'on trouve aux cotés de Cruise un Philip Seymour Hoffman très en forme. Or, rappellons nous la formule de Hitchcock: plus réussi est le méchant, plus réussi est le film...

Crazy Kung-Fu

Après le succès de Shaolin Soccer, Stephen Chow remet ça avec Crazy Kung-Fu, où l'histoire de Sing, looser de première, qui tente d'intégrer le célébre gang des Haches qui règne sur la ville. Sur sa route, il rencontrera des maîtres de Kung Fu qui cachent leur vraie identité et surtout, se trouvera lui même.
Lorsqu'on a déjà vu Shaolin Soccer, on s'attend à rire devant Crazy Kung Fu. Pourtant, la séquence d'ouverture, qui introduit le gang des Haches, fait froid dans le dos par sa violence et son cynisme. Sur bien des aspects, cette séquence fait penser aux films de Tarantino (surtout Kill Bill vol. 1, bien sur). Puis Stephen Show nous présente le personnage de Sing, et alors le délire peut commencer. Le film est une suite de répliques cultes et les personnages ont tous un bon potentiel comique bien exploité.
Mais surtout, Crazy Kung-Fu réussi là où Shaolin Soccer n'avait peut etre pas réussi: il est plus qu'un délire sur pellicule. Esthétiquement, il est très soigné, et le chorégraphe Yuen Woo-Ping (connu pour son travail sur Matrix, Tigre et Dragon mais aussi réalisateur de mon cultissime Iron Monkey) s'est surpassé. Chow ose des références multiples, que ce soit à la bande dessinée (une scène de course poursuite qui peut faire penser aux occidentaux que nous sommes à Tex Avery), au cinéma occidental (jolie reprise d'une scène de Shining) et bien sur, au cinéma asiatique d'arts martiaux, puisque Crazy Kung-Fu en reprend tous les codes.
Bref, Stephen Chow signe un petit bijou qui peut être apprécié autant pour sa déconne que pour sa beauté!

Tideland


Que dire du dernier film de Terry Gilliam? Le film raconte l'histoire de Jeliza-Rose, fille d'un couple heroinomane, qui, a la mort de sa mère, part s'installer avec son père dans le taudis qui servit autrefois de maison à sa grand mère. Là bas, elle rencontre Dickens, épilleptique trépané avec une mentalité d'un gamin de 10 ans et sa grande soeur, Dell, sorcière borgne adepte de taxidermie. Bien que son père meurt d'une overdose dès le premier jour, Jeliza Rose est bien contente, car elle va pouvoir se faire des amis un peu plus réels que les 4 têtes de poupées avec lesquelles elle se trimballe tout le temps.
A lire les critiques des spectateurs et des journalistes, je crois que je suis passée à côté du film. Encensé, proclamé film terriblement poétique et très lucide sur l'horrible monde dans lequel on vit, je n'ai vu à la place qu'un film long, dont le but est encore flou (je n'ai peut etre pas perçu le message) et surtout, du réchauffé. Un croisement entre Psychose (pour la taxidermie et le paysage), Alice au pays des merveilles (Gilliam clame haut et fort que c'en est une adaptation) et, à bien des moments, Shining, dans la façon dont Jeliza-Rose fait parler ses têtes de poupées (la méchante tête parle avec la même voix d'outre tombe que Tony, le "petit garçon qui vit dans [la] bouche" de Danny). Que Gilliam ait été influencé, pas de problème avec ça! Mais le personnage de Dickens ressemble fortement à celui joué par Brad Pitt (la classe en moins) dans L'armée des douze singes du même Gilliam. Bref, une impression de déja vu et une terrible sensation d'ennui m'a assaillie. Reste la découverte de la petite Jodelle Ferland, qui fait là une performance d'actrice assez incroyable, d'autant plus que le film est pour elle un quasi monologue de 2 heures.

lundi, juillet 17, 2006

Vol 93


4 ans après le 11 septembre, le cinéma s'attaque à ce qui fait désormais partie de l'Histoire. Quelques mois avant le World Trade Center d'Oliver Stone, Paul Greengrass s'attaque à l'histoire, moins connue, du 4ème avion détourné ce jour là, le seul qui n'atteindra pas sa cible (la Maison Blanche) pour cause de révolte des passagers. En se basant sur les appels téléphoniques que ceux-ci ont passés à leurs proches avant de mourir, Greengrass signe une reconstitution troublante de l'histoire de ces quelques passagers. Reconstitution: à aucun moment, on ne se sent dans une fiction. Pour cela, Greengrass ne conte pas l'histoire d'un ou deux personnages, mais de l'ensemble de ces personnes. On ne saura pas un nom, pas une histoire personnelle. Pas de superbes actions érigeant ces inconnus au rang de surhommes. Juste la chronique de morts annoncées, un film hommage aux victimes.
A force d'entendre parler du 11 septembre et des conséquences tragiques qui en découlèrent (...), on avait peut être tendance à oublier la mort de ces innocents pour n'en retenir qu'une date. Le film de Greengrass a ce mérite. Et ce sont des images d'archives de CNN qui émeuvent en premier, montrant le premier impact dans les tours, puis le second.
Pour nourrir son docu-fiction, Greengrass fait appel au montage alterné, montrant la situation à bord de l'avion et l'impuissance des controlleurs aériens et des autorités. Ces scènes, un peu troublantes de prime abord car parfois difficilement compréhensibles, se révelent finalement très importantes et viennent nourrir le propos du film: car ce que Greengrass montre, c'est que les passagers étaient seuls. Loin d'être des héros mais livrés à eux mêmes, tous ces passagers ont donné leurs dernières minutes à essayer de se sauver, seuls.
Le film en soi n'est pas forcement le plus important. Car le parti pris de neutralité de Greengrass peut en énerver certains, qui attendaient plus d'émotions pour ce sujet brûlant. Qu'importe de savoir le nombre de minutes passées avec des larmes sur les joues. Evidemment, le film a ouvert un débat houleux (plutôt stérile, à mon humble avis); nombreux sont ceux qui ont crié au scandale, qui sont dégoutés qu'on "puisse faire de l'argent sur un tel drame" et blablabla. Mais l'important, c'est la démarche. C'est ce fameux devoir de mémoire.

jeudi, juillet 13, 2006

Slevin

Le principe scénaristique de base est simple: un jeune homme, décidement malchanceux (il vient d'apprendre qu'il est cocu, a perdu son appart, son job, et vient de se faire aggresser dans la rue) part souffler quelques jours dans l'appart d'un copain, Nick Fisher, à New York. Les 2 patrons ennemis de la mafia locale le prenne pour Nick, et le voila obligé de commettre un meurtre et de trouver 48 000 dollars en 48h: ca craint pour ses fesses...
C'est donc sur ce scénario, propice aux quiproquos, que Paul McGuigan, illustre inconnu dans le monde du cinéma (bien que ce ne soit pas son premier film), signe la bonne découverte des sorties du mois. Un scénario béton, une jolie mise en scène, une pléthore d'acteurs tous plus bons les uns que les autres (Bruce Willis, sobre et discret, Josh Hartnett délicieusement drôle malgré lui et Lucy Liu qui vient apporter de la fraicheur, en plus du monument Morgan Freeman, très bon dans son rôle du patron de la mafia): McGuigan avait tous les éléments en main pour faire un bon film, ce qu'il réussi à faire (car il arrive souvent que bien que les ingrédients soient là, la sauce ne prenne pas).
Les critiques ont tous fait le rapprochement avec Tarantino et Usual Suspect; pourquoi pas? Mais si on peut comparer Slevin à l'auteur de Pulp Fiction ou à Brian Singer, ce n'est pas parce qu'il tente de copier un style qui a prouvé son efficacité; non, la vérité, c'est que McGuigan partage avec eux l'amour du cinéma. C'est évident, ça crève l'écran, McGuigan est un cinéphile. Evidemment, Slevin fait penser à plusieurs reprises aux films de Tarantino, puisqu'il leur emprunte une narration loin d'être linéaire, qui fonctionne plutôt par association d'idées. Mais Slevin est bien plus qu'une pâle copie Tarantiniesque (oui oui vous avez bien lu). Il est un veritable hommage au genre, un film bourré de références (de Hitchcock aux James Bond). Il applique avec succès toutes les leçons des grands maitres, emprunte à Shyamalan sa maîtrise du suspense et surtout, surtout ! ajoute une bonne dose d'humour, ce qui fait passer Slevin du film sympa du genre à un très bon film, qui, sans aucun doute, ne souffrira pas de visions ultérieures.
A partir de maintenant, il faudra surveiller le prochain film de McGuigan, qui, avec Slevin, attire sur lui une attention bien méritée.

lundi, juillet 10, 2006

Les filles du botaniste


Un film sur un tabou énorme de notre société (et des autres), l'homosexualité, par Daï Sijie, réalisateur du très réussi Balzac et la petite tailleuse chinoise, un film qui a donc pour but de sensibiliser les gens sur la question et de faire évoluer les mentalités, oui, ce film était très interessant sur le papier. Sur la pellicule aussi, au vu de la bande annonce, très réussie, qui ne faisait pas mystère sur la fin du film, annihilant ainsi un faux suspense (les filles vont elles être condamnées à mort dans un pays, la Chine, où l'homosexualité est un crime?), permettant au spectateur de se focaliser seulement sur cette relation, et de l'amener à se révolter sur la betise de ces gouvernements qui envoient des filles à la mort parce qu'elles s'aiment. Oui mais... oui mais le film n'est pas réussi, c'est une grosse déception. Pire, il est raté, et son message ne passe pas, loin de là.
Tout d'abord, les héroines ne sont pas attachantes. Certes, le cinéma asiatique est assez froid (c'est un euphémisme), mais cette caractéristique ne l'empeche pas d'émouvoir les spectateurs. Seulement les personnages de Dai Sijie ne sont que des gamines capricieuses, méchantes et égoistes, et la conséquence de tout cela c'est que le spectateur se moque bien de savoir ce qui va leur arriver.
De plus, un élément scénaristique vient apporter un contresens terrible au propos de Dai Sijie: celui ci a en effet bien expliqué sa volonté de faire avancer les mentalités avec son film. Or, Min, l'étudiante orpheline qui apportera le péché sur l'ile du botaniste en pervertissant sa fille An, est métissée. Cela peut sembler anodin comme cela, mais pourtant, ce métissage est rappelé à plusieurs reprises, tout comme le fait que ce soit elle qui a perverti l'autre. L'un dans l'autre, cela donne un message ambigu: "le mal vient de l'occident". L'interêt de ce métissage n'est pas flagrant, et vient malheureusement biaiser le message que tente de véhiculer l'auteur.
Ce qui est aussi très regrettable, c'est que le film n'évite pas quelques clichés malheureux: ainsi, les personnages du frère de An et de son père, le botaniste, ont été grossièrement écrits. Donc le frère est évidemment un homme stupide, macho, et violent. Vive les clichés! Si on souhaite faire évoluer les mentalités, il convient de nuancer un peu tous les personnages, de mettre un peu de gris. Mais non, pour Sijie, tout est noir ou blanc.
Dommage donc, et même la photo magnifique du film ne le sauve pas. On s'ennuie, et on regrette ce qui sur le papier semblait interessant.